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– Au contraire, au contraire, je vois que vous êtes à bout de patience, et sans doute vous avez vos raisons pour cela, répondit d’un ton irrité Barbara Pétrovna.
Elle avait écouté avec un malin plaisir Pierre Stépanovitch témoignant ses regrets d’avoir bavardé de la sorte. Évidemment il venait de jouer un rôle, – lequel? je l’ignorais encore, mais il était visible que sa prétendue «gaffe» avait été préméditée.
– Au contraire, continua Barbara Pétrovna, – je vous suis très reco
– J’ai reçu de lui une lettre très i
– Vous êtes embarrassé, vous cherchez vos mots, – assez! Stépan Trophimovitch, j’attends de vous un dernier service, ajouta-t-elle tout à coup en regardant mon malheureux ami avec des yeux enflammés de colère, – faites-moi le plaisir de nous quitter à l’instant même, et ne franchissez plus jamais le seuil de ma maison.
Je prie le lecteur de se rappeler que la générale Stavroguine se trouvait encore dans un état particulier d’ «exaltation». À la vérité, ce n’était pas la faute de Stépan Trophimovitch! Mais ce qui m’éto
Stépan Trophimovitch salua avec dignité Barbara Pétrovna et ne prononça pas un mot (il est vrai qu’il ne lui restait plus rien à dire). Il voulait se retirer sur le champ, mais malgré lui il s’approcha de Daria Pavlovna. C’était sans doute ce qu’avait prévu la jeune fille, qui, inquiète, se hâta de prendre la parole:
– Je vous en prie, Stépan Trophimovitch, pour l’amour de Dieu, ne dites rien, commença-t-elle d’une voix agitée tandis que sa physionomie trahissait une sensation de malaise. – Soyez sûr, poursuivit-elle en lui tendant la main, – que je vous apprécie toujours autant… que j’ai toujours pour vous la même estime… et pensez aussi du bien de moi, Stépan Trophimovitch, j’apprécierai extrêmement cela…
Il s’inclina fort bas devant elle.
– Tu es libre, Daria Pavlovna, tu sais que dans toute cette affaire une liberté complète t’a été laissée! Tu l’as eue, tu l’as et tu l’auras toujours, dit gravement Barbara Pétrovna.
– Bah! Mais maintenant je comprends tout! s’écria en se frappant le front Pierre Stépanovitch. – Eh bien, dans quelle situation ai-je été placé? Daria Pavlovna, je vous en prie, pardo
– Pierre, tu pourrais bien prendre un autre ton avec moi, n’est-ce pas, mon ami? observa avec la plus grande douceur Stépan Trophimovitch.
– Ne crie pas, je te prie, répliqua Pierre en agitant le bras, – sois bien persuadé que tout cela, c’est l’effet de nerfs vieux et malades, et qu’il ne sert à rien de crier. Réponds à ma question: tu devais bien supposer qu’à peine arrivé ici, je parlerais de cela: pourquoi donc ne m’as-tu pas prévenu?
Stépan Trophimovitch attacha sur son fils un regard pénétrant.
– Pierre, se peut-il que toi, si au courant de ce qui se passe ici, tu n’aies réellement rien su de cette affaire, rien entendu dire?
– Quo-o-i! Voilà les gens! Ainsi ce n’est pas assez pour nous d’être un vieil enfant, nous sommes, qui plus est, un enfant méchant? Barbara Pétrovna avez-vous entendu ce qu’il a dit?
Le salon se remplissait de bruit; mais alors se produisit soudain un incident auquel perso
VIII
Avant tout, je signalerai l’agitation nouvelle qui se manifestait chez Élisabeth Nikolaïevna depuis deux ou trois minutes; la jeune fille parlait rapidement à l’oreille de sa mère et de Maurice Nikolaïévitch penché vers elle. Son visage était inquiet, mais en même temps respirait l’énergie. À la fin elle se leva, visiblement pressée de partir et d’emmener sa mère; de son côté celle-ci se mit en devoir de quitter son fauteuil avec le secours de Maurice Nikolaïévitch. Mais il était écrit que les dames Drozdoff ne s’en iraient pas avant d’avoir tout vu.
Chatoff était toujours assis dans son coin (non loin d’Élisabeth Nikolaïevna); tout le monde avait complètement oublié sa présence, et lui-même ne paraissait pas savoir pourquoi il restait là au lieu de s’en aller; tout à coup il se leva, et, les yeux fixés sur le visage de Nicolas Vsévolodovitch, se dirigea vers ce dernier en traversant toute la chambre d’un pas lent, mais ferme. À son approche, Nicolas Vsévolodovitch sourit légèrement, mais, quand il le vit tout près de lui, il cessa de sourire.
Au moment où les deux hommes se trouvèrent vis-à-vis l’un de l’autre, le silence se fit dans le salon, celui qui se tut le dernier fut Pierre Stépanovitch; Lisa et sa mère s’arrêtèrent au milieu de la chambre. Ainsi s’écoulèrent cinq secondes; sans dire un mot, Chatoff regardait en face Nicolas Vsévolodovitch; celui-ci, dont la physionomie n’avait d’abord exprimé qu’une surprise insolente, fronça le sourcil avec colère, et soudain…
Soudain le bras long et lourd de Chatoff s’éleva en l’air, puis s’abattit de toute sa force sur la figure de Nicolas Vsévolodovitch, qui faillit être terrassé.
Au lieu de frapper avec le plat de la main comme il est reçu de do
Au même instant retentit, je crois, un cri, poussé peut-être par Barbara Pétrovna; du reste, je n’affirme rien, car immédiatement tout retomba dans le silence. Cette scène ne dura guère plus d’une dizaine de secondes.
Néanmoins pendant un si court laps de temps bien des choses se passèrent.
Je rappellerai de nouveau au lecteur que Nicolas Vsévolodovitch avait un tempérament inaccessible à la peur. Dans un duel il pouvait attendre de sang-froid le coup de feu de son adversaire, viser lui-même ce dernier, et le tuer le plus tranquillement du monde. Souffleté, il était homme, non pas à appeler son insulteur sur le terrain, mais à le tuer sur place, et cela sans emportement, avec la pleine conscience de son acte. Je crois même qu’il n’a jamais co