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– Oui, Chatouchka, je me tire les cartes, mais cela ne sert à rien, dit brusquement Marie Timoféievna qui avait entendu la dernière parole de Chatoff, et elle tendit sa main gauche vers le pain, sans, du reste, le regarder (son attention avait sans doute été attirée aussi par la phrase où il en était question). À la fin, elle prit le pain, mais, entraînée par le plaisir de causer, elle le remit inconsciemment sur la table après l’avoir gardé pendant quelques temps dans sa main gauche sans y mordre une seule fois.

– Ce sont toujours les mêmes réponses: un voyage, un méchant homme, la perfidie de quelqu’un, un lit de mort, une lettre qui arrivera de quelque part, une nouvelle inattendue, – je considère tout cela comme des mensonges, et toi, Chatouchka, qu’en penses-tu? Si les hommes mentent, pourquoi les cartes ne mentiraient-elles pas? ajouta-t-elle en brouillant tout à coup le jeu? – C’est ce que j’ai dit un jour à la Mère Prascovie, une femme respectable, qui venait sans cesse me trouver dans ma cellule, à l’insu de la Mère supérieure, pour me prier de lui tirer les cartes. Et elle ne venait pas seule. Toutes ces religieuses étaient là, poussant des exclamations, hochant la tête, faisant des commentaires. «Voyons, Mère Prascovie, dis-je en riant, comment recevriez-vous une lettre, quand il ne vous en ait pas venu depuis douze ans?» Elle avait une fille mariée à quelqu’un qui l’avait emmenée en Turquie, et, depuis douze ans, elle était sans nouvelles d’elle. Le lendemain soir, je pris le thé chez la Mère supérieure (elle appartient à une famille princière). Il y avait là deux perso

– Est-ce que tu as eu un enfant? dit Chatoff en me poussant du coude; il n’avait cessé de prêter la plus grande attention aux paroles de Marie Timoféievna.

– Comment donc! Un joli baby rose avec de si petits ongles… tout mon chagrin est de ne pouvoir me rappeler si c’était un garçon ou une fille. Après sa naissance, je l’ai enveloppé dans de la batiste et de la dentelle, j’ai noué de petits rubans roses tout autour, je l’ai couvert de fleurs, je l’ai bien pompo

– Mais peut-être que tu as été mariée? hasarda Chatoff.

– Tu m’amuses, Chatouchka, avec ta supposition. Peut-être bien qu’en effet j’ai eu un mari, mais qu’importe, si c’est exactement comme si je n’en avais pas eu? Tiens, voilà une énigme qui n’est pas difficile, devine-là! répondit-elle en riant.

– Où donc as-tu porté ton enfant?

– Je suis allée le jeter dans un étang, soupira-t-elle.

Chatoff me do

– Mais si, par hasard, tu n’avais jamais eu d’enfant, si tout cela n’était que l’effet du délire? Hein?

En entendant émettre cette conjecture, mademoiselle Lébiadkine ne témoigna aucun éto

– Tu me poses une question difficile, Chatouchka, reprit-elle d’un air pensif; – je ne te dirai rien à ce sujet, peut-être bien n’ai-je pas eu d’enfant; à mon avis, cela n’intéresse que ta curiosité, pour moi peu importe, je ne cesserai pas de le pleurer: ne l’ai-je pas vu en songe? Et de grosses larmes se montrèrent dans ses yeux. – Chatouchka, Chatouchka, est-ce vrai que ta femme t’a abando