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Il m’écouta très attentivement jusqu’au bout.
– Peut-être qu’en effet, selon mon habitude, j’ai fait une bêtise tantôt… Eh bien, si elle n’a pas compris pourquoi je suis parti ainsi, tant mieux pour elle.
Il se leva, alla ouvrir la porte, et se mit aux écoutes sur le carré.
– Vous désirez vous-même voir cette perso
– Il le faut, mais comment faire? répondis-je.
– Il n’y a qu’à aller la trouver pendant qu’elle est seule. Lorsqu’il reviendra, il la battra s’il apprend que nous sommes venus. Je vais souvent la voir en cachette. Tantôt j’ai dû employer la force pour l’empêcher de la battre.
– Bah! Vraiment?
– Oui, pendant qu’il la rossait, je l’ai empoigné par les cheveux; alors, il a voulu me battre à mon tour, mais je lui ai fait peur, et cela a fini ainsi. Quand il reviendra ivre, je crains qu’il ne se venge sur elle, s’il se rappelle la scène que nous avons eue ensemble.
Nous descendîmes au rez-de-chaussée.
V
La porte des Lébiadkine n’était pas fermée à clef, nous n’eûmes donc pas de peine à entrer. Tout leur logement consistait en deux vilaines petites chambres, dont les murs enfumés étaient garnis d’une tapisserie sale et délabrée. Ces deux pièces avaient jadis fait partie de la gargote de Philippoff, avant que celui-ci eût transféré son établissement dans une maison neuve; sauf un vieux fauteuil auquel manquait un bras, le mobilier se composait de bancs grossiers et de tables en bois blanc. Dans un coin de la seconde chambre se trouvait un lit couvert d’une courte-pointe d’indie
Mademoiselle Lébiadkine, que je désirais tant voir, était tranquillement assise sur un banc dans un coin de la chambre, devant une table de cuisine. Lorsque nous ouvrîmes la porte, elle ne proféra pas un mot et ne bougea même pas de sa place. Chatoff me dit que l’appartement n’était jamais fermé, et qu’une fois elle avait passé toute la nuit dans le vestibule avec la porte grande ouverte. À la faible clarté d’une mince bougie fichée dans un chandelier de fer, j’aperçus une femme qui pouvait avoir une trentaine d’a
– Elle passe ainsi les journées entières, toute seule, sans bouger: elle se tire les cartes ou se regarde dans la glace, dit Chatoff en me la montrant du seuil, – il ne la nourrit même pas. La vieille du pavillon lui apporte de temps en temps quelque chose pour l’amour du Christ. Comment la laisse-t-on ainsi seule avec une bougie?
J’étais éto
– Bonjour, Chatouchka! dit d’un ton affable mademoiselle Lébiadkine.
– Je t’amène un visiteur, Marie Timoféievna, répondit Chatoff.
– Eh bien, on lui fera ho
– Cela t’e
– Oui, c’est pourquoi je suis venu te voir.
Chatoff approcha un escabeau de la table, s’assit et m’invita à en faire autant.
– J’aime toujours à causer, seulement je te trouve drôle, Chatouchka, tu es comme un moine. Quand t’es-tu peigné? Do
– Mais je n’ai pas de peigne, répondit en riant Chatoff.
– Vraiment? Eh bien, je t’en do
Elle commença à le peigner de l’air le plus sérieux, lui fit même une raie sur le côté, puis, après s’être un peu rejetée en arrière pour contempler son ouvrage et s’assurer qu’il ne laissait rien à désirer, elle remit son peigne dans sa poche.
– Sais-tu une chose, Chatouchka? dit-elle en hochant la tête, – tu es un homme de sens, et pourtant tu t’e
– Tu t’amuses avec ton frère?
– Tu parles de Lébiadkine? C’est mon laquais. Il m’est absolument égal qu’il soit ici ou qu’il n’y soit pas. Je lui crie: Lébiadkine, apporte-moi de l’eau; Lébiadkine, do
– C’est la vérité, me fit observer Chatoff parlant cette fois encore à haute voix sans s’inquiéter aucunement de la présence de Marie Timoféievna; – elle le traite tout à fait comme un laquais; je l’ai moi-même entendue crier: «Lébiadkine, apporte-moi de l’eau», et elle riait en lui do