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Elle me regarda en souriant; plusieurs fois déjà elle avait jeté les yeux sur moi, mais Stépan Trophimovitch, dans son agitation, avait oublié sa promesse de me présenter.

– Pourquoi donc mon portrait est-il pendu chez vous sous des poignards? Et pourquoi avez-vous tant d’armes blanches?

Le fait est que Stépan Trophimovitch avait, je ne sais pourquoi, orné son mur d’une petite panoplie consistant en deux poignards croisés l’un contre l’autre au-dessous d’un sabre tcherkesse. Tandis qu’Élisabeth Nikolaïevna posait cette question, son regard était si franchement dirigé sur moi que je faillis répondre; néanmoins, je gardai le silence. À la fin, Stépan Trophimovitch comprit mon embarras et me présenta à la jeune fille.

– Je sais, je sais, dit-elle, – je suis enchantée. Maman a aussi beaucoup entendu parler de vous. Je vous prierai également de faire co

Je rougis.

– Ah! pardo

À ces mots, l’inquiétude se manifesta sur le visage de Stépan Trophimovitch.

– Oh! Maurice Nikolaïévitch sait tout, sa présence ne doit pas vous gêner.

– Que sait-il donc?

– Mais qu’est-ce que vous avez? fit avec éto

– Mais… mais comment avez-vous appris…?

– Ah! mon Dieu, comme tout le monde. Cela n’était pas bien malin!

– Mais est-ce que tout le monde…?

– Eh! comment donc? Maman, à la vérité, a d’abord su la chose par Aléna Frolovna, ma bo

– Je… je lui en ai parlé une fois… balbutia Stépan Trophimovitch devenu tout rouge, – mais… je me suis exprimé en termes vagues… j’étais si nerveux, si malade, et puis…

Elle se mit à rire.

– Et puis, vous n’aviez pas de confident sous la main, et Nastasia s’est trouvée là pour en tenir lieu, – allons, cela se comprend! Mais Nastasia est en rapport avec tout un monde de commères! Eh bien, après tout, quel mal y a-t-il à ce qu’on sache cela? c’est même préférable. Ne tardez pas à arriver, nous dînons de bo

– Chatoff? C’est le frère de Daria Pavlovna…

– Cela, je le sais bien; que vous êtes drôle, vraiment! interrompit-elle avec impatience. Je vous demande quelle espèce d’homme c’est.

– C’est un songe-creux d’ici. C’est le meilleur et le plus irascible des hommes.

– J’ai moi-même entendu parler de lui comme d’un type un peu étrange. Du reste, il ne s’agit pas de cela. Il sait, m’a-t-on dit, trois langues, notamment l’anglais, et il peut s’occuper d’un travail littéraire. En ce cas, j’aurai beaucoup de besogne pour lui; il me faut un collaborateur, et plus tôt je l’aurai, mieux cela vaudra. Acceptera-t-il ce travail? On me l’a recommandé…

– Oh! certainement, et vous ferez une bo

– Ce n’est nullement pour faire une bo

– Je co

– Dites-lui de venir chez nous demain à midi. Voilà qui est parfait! Je vous remercie. Maurice Nikolaïévitch, vous êtes prêt?

Ils sortirent. Naturellement, je n’eus rien de plus pressé que de courir chez Chatoff. Stépan Trophimovitch s’élança à ma suite et me rejoignit sur le perron.

– Mon ami, me dit-il, – ne manquez pas de passer chez moi à dix heures ou à onze, quand je serai rentré. Oh! j’ai trop de torts envers vous et… envers tous, envers tous.

VIII

Je ne trouvai pas Chatoff chez lui; je revins deux heures après et ne fus pas plus heureux. Enfin, vers huit heures, je fis une dernière tentative, décidé, si je ne le rencontrais pas, à lui laisser un mot; cette fois encore, il était absent. Sa porte était fermée, et il vivait seul, sans domestique. Je pensai à frapper en bas et à m’informer de Chatoff chez le capitaine Lébiadkine; mais le logement de ce dernier était fermé aussi, et paraissait vide: on n’y apercevait aucune lumière, on n’y entendait aucun bruit. En passant devant la porte du capitaine, j’éprouvai une certaine curiosité, car les récits de Lipoutine me revinrent alors à l’esprit. Je résolus de repasser le lendemain de grand matin. Co

– Venez avec moi, dit-il, – je ferai tout.

Je me rappelai ce qu’avait raconté Lipoutine: en effet, l’ingénieur avait loué depuis le matin un pavillon en bois dans la cour. Ce logement, trop vaste pour un homme seul, il le partageait avec une vieille femme sourde qui faisait son ménage. Le propriétaire de l’immeuble possédait dans une autre rue une maison neuve dont il avait fait un traktir, et il avait laissé cette vieille, – sans doute une de ses parentes, – pour le remplacer dans sa maison de la rue de l’Épiphanie. Les chambres du pavillon étaient assez propres, mais la tapisserie était sale. La pièce où nous entrâmes ne contenait que des meubles de rebut achetés d’occasion: deux tables de jeu, une commode en bois d’aune, une grande table en bois blanc, provenant sans doute d’une izba ou d’une cuisine quelconque, des chaises et un divan avec des dossiers à claire-voie, et de durs coussins de cuir. Dans un coin se trouvait un icône devant lequel la femme, avant notre arrivée, avait allumé une lampe. Aux murs étaient pendus deux grands portraits à l’huile; ces toiles enfumées représentaient, l’une l’empereur Nicolas Pavlovitch, l’autre je ne sais quel évêque.

En entrant, M. Kiriloff alluma une bougie; sa malle, qu’il n’avait pas encore défaite, était dans un coin; il y alla prendre un bâton de cire à cacheter, une enveloppe et un cachet en cristal.