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– Ce n’est qu’une frime.

– Blum, tu as juré de me tourmenter! songes-y, c’est un perso

Blum ne voulut rien entendre.

– Il n’a été que docent, rien que docent, et il a quitté le service sans autre titre que celui d’assesseur de collège, répliqua-t-il en se frappant la poitrine, – il ne possède aucune distinction honorifique, on l’a relevé de ses fonctions parce qu’on le soupço

– Julie Mikhaïlovna! Décampe, Blum! cria tout à coup Von Lembke qui avait entendu la voix de sa femme dans la pièce voisine.

Blum frisso

– Autorisez-moi donc, autorisez-moi, insista-t-il en pressant ses deux mains contre sa poitrine.

– Décampe! répéta en grinçant des dents André Antonovitch, – fais ce que tu veux… plus tard… Ô mon Dieu!

La portière se souleva, et Julie Mikhaïlovna parut. Elle s’arrêta majestueusement à la vue de Blum qu’elle toisa d’un regard dédaigneux et offensé, comme si la seule présence de cet homme en pareil lieu eût été une insulte pour elle. Sans rien dire, l’employé s’inclina profondément devant la gouvernante; puis, le corps plié en deux, il se dirigea vers la porte en marchant sur la pointe des pieds et en écartant un peu les bras.

Blum interpréta-t-il comme une autorisation formelle la dernière parole échappée à l’impatience de Von Lembke, ou bien ce trop zélé serviteur crut-il pouvoir prendre sous sa propre responsabilité une mesure qui lui paraissait impérieusement recommandée par l’intérêt de son patron? quoi qu’il en soit, comme nous le verrons plus loin, de cet entretien du gouverneur avec son subordo

V

Pierre Stépanovitch se do

Mais le grand écrivain l’attendait en effet et même depuis l’avant-veille. Quatre jours auparavant il lui avait confié son Merci (le manuscrit qu’il se proposait de lire à la matinée littéraire), et cela par pure amabilité, convaincu qu’il flattait agréablement l’amour-propre de Pierre Stépanovitch en lui do

Le grand écrivain logeait chez sa sœur qui avait épousé un chambellan et qui possédait des propriétés dans notre province. Le mari et la femme étaient pleins de respect pour leur illustre parent, mais, quand il vint leur demander l’hospitalité, tous deux, à leur extrême regret, se trouvaient à Moscou, en sorte que l’ho

– A-ah! fit Karmazinoff qui se leva, s’essuya avec sa serviette et, de la façon la plus cordiale en apparence, s’apprêta à embrasser le visiteur. Mais celui-ci savait par expérience que, quand le grand écrivain embrassait quelqu’un, il avait coutume de présenter la joue et non les lèvres [19]; aussi lui-même, dans la circonstance présente, en usa de cette manière: le baiser se borna à une rencontre des deux joues. Sans paraître remarquer cela, Karmazinoff reprit sa place sur le divan et indiqua aimablement à Pierre Stépanovitch un fauteuil en face de lui. Le jeune homme s’assit sur le siège qu’on lui montrait.

– Vous ne… Vous ne voulez pas déjeuner? demanda le romancier contrairement à son habitude, toutefois on voyait bien qu’il comptait sur un refus poli. Son attente fut trompée: Pierre Stépanovitch s’empressa de répondre affirmativement. L’expression d’une surprise désagréable parut sur le visage de Karmazinoff, mais elle n’eut que la durée d’un éclair; il so

– Que prendrez-vous: une côtelette ou du café? crut-il devoir demander.

– Une côtelette et du café, faites aussi apporter du vin, j’ai une faim canine, répondit Pierre Stépanovitch qui examinait tranquillement le costume de son amphitryon. M. Karmazinoff portait une sorte de jaquette en ouate à boutons de nacre, mais trop courte, ce qui faisait un assez vilain effet, vu la rotondité de son ventre. Quoiqu’il fît chaud dans la chambre, sur ses genoux était déployé un plaid en laine, d’une étoffe quadrillée, qui traînait jusqu’à terre.

– Vous êtes malade? observa Pierre Stépanovitch.

– Non, mais j’ai peur de le devenir dans ce climat, répondit l’écrivain de sa voix criarde; du reste, il scandait délicatement chaque mot et susseyait à la façon des barines; – je vous attendais déjà hier.

[19] On sait que les Russes ont l’habitude de s’embrasser sur la bouche.