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Je ne vous ai pas demandé conseil. J'ai voulu peser moi-même tous les aspects de la situation. La résolution que je viens de vous communiquer est irrévocable, et j'en ferai part tout à l'heure à Bykov qui insiste pour obtenir une réponse définitive. Il me presse maintenant, prétendant que les affaires n'attendent pas, qu'il doit repartir et qu'il ne peut pas retarder son voyage pour des futilités. Dieu seul sait si je trouverai le bonheur là-bas, et mon destin repose dans Sa sainte et impénétrable Volonté; mais j'ai pris ma résolution. On dit que Bykov est un brave homme. Il aura du respect pour moi, et peut-être que j'apprendrai à le respecter, lui aussi. Peut-on espérer davantage de notre union?
Je vous fais part de la situation, Makar Alexéievitch. Je suis sûre que vous comprendrez ma tristesse. Ne cherchez pas à me détourner de mon intention. Vos efforts dans ce sens demeureraient vains. Pesez plutôt dans votre propre cœur toutes les raisons qui m'ont incitée à prendre cette décision. J'étais très tourmentée au début, mais je suis tout à fait calme actuellement. J'ignore ce que l'avenir me réserve. Il adviendra ce qu'il adviendra; il en sera selon la volonté de Dieu!…
Bykov vient d'arriver, et j'interromps cette lettre qui n'est pas achevée. J'avais beaucoup de choses à vous dire encore.
23 septembre.
Ma petite mère Varvara Alexéievitch!
Je me hâte, ma petite mère, de vous répondre. Je m'empresse, ma petite mère, de vous dire que je suis stupéfait. Tout cela est étrange, contradictoire… Hier, nous avons enterré Gorchkov. Oui, Varinka, c'est donc ainsi. Varinka, c'est ainsi. Bykov s'est conduit en homme d'ho
Makar DIÉVOUCHKINE.
27 septembre.
Mon ami, cher Makar Alexéievitch!
Monsieur Bykov prétend que je dois avoir absolument trois douzaines de chemises en toile de Hollande. Il faudrait donc trouver au plus vite deux lingères pour deux douzaines de chemises encore, car il ne nous reste que peu de temps. Monsieur Bykov s'impatiente et dit que ces histoires de chiffons traînent trop. Notre mariage aura lieu dans cinq jours, et nous partirons dès le lendemain. Monsieur Bykov désire hâter les choses; il assure qu'il ne faut pas perdre du temps pour des futilités. Je suis exténuée, à cause de tous ces soucis, et c'est à peine si je tiens sur mes jambes. J'ai une masse de choses à régler; j'en ai par-dessus la tête et je me demande s'il n'aurait pas mieux valu renoncer à toute cette histoire. À propos: nous n'avons pas assez de dentelles et de guipures. Il faudrait donc en racheter, car Monsieur Bykov déclare qu'il ne souffrirait pas que sa femme soit vêtue comme une cuisinière, et qu'il est indispensable que je «rabatte le caquet à toutes les femmes des propriétaires du voisinage». Ce sont ses propres mots. C'est pourquoi, Makar Alexéievitch, je vous prie d'aller trouver Madame Chiffon à la rue Gorohovaïa. Dites-lui, premièrement, de nous envoyer des lingères et demandez-lui, en second lieu, de bien vouloir passer chez moi. Je suis souffrante aujourd'hui. Il fait si froid dans notre nouveau logis, et tout y est en désordre. La tante de Monsieur Bykov est si vieille qu'elle respire à peine. Je crains tout le temps qu'elle ne meure avant notre départ; mais Monsieur Bykov assure que ce n'est rien, qu'elle reprendra des forces. Tout est sens dessus dessous dans la maison. Monsieur Bykov ne vit pas avec nous, si bien que les domestiques s'absentent à tout bout de champ. On ne sait jamais où les trouver. Il arrive par moments que Fédora soit seule à nous servir. Quant au valet de chambre de Monsieur Bykov, qui devait veiller à tout, voilà trois jours qu'il est parti sans rien dire. Monsieur Bykov vient nous voir chaque matin, gronde constamment et a même rossé hier le gérant de la maison, à la suite de quoi il a eu des difficultés avec la police… J'ignorais par qui vous faire porter ma lettre. J'ai recours à la poste pour vous la faire parvenir. Ah! oui, j'allais oublier l'essentiel! Dites à madame Chiffon qu'il faut absolument qu'elle change les guipures, en se conformant à l'échantillon examiné hier, et qu'elle vie