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Écrivez-moi franchement toute la vérité, dites-moi ce qui vous est arrivé et comment vous avez pu vous décider à un tel acte. Rassurez-moi, si vous le pouvez. Ce n'est point l'amour-propre ou l'égoïsme qui m'incitent à vous parler, en cet instant, de ma tranquillité, mais j'y suis amenée par mon amitié pour vous, par l'affection que je vous ai vouée et que rien ne pourra jamais effacer de mon cœur. Adieu. J'attends votre réponse. Vous m'avez mal jugée, Makar Alexéievitch.

Votre affectueusement dévouée,

Varvara DOBROSIOLOVA.

28 juillet.

Mon inestimable Varvara Alexéievna!

Soit, du moment que tout est fini maintenant, et que les choses redevie

Votre ami qui vous respecte et vous aime profondément,

Makar DIÉVOUCHKINE.

28 juillet.

Ma petite mère Varinka!

Oh! Varinka, Varinka! C'est sur vous que retombe le péché maintenant, et c'est sur votre conscience qu'il restera. Vous avez achevé, par votre lettre, de me mettre la cervelle sens dessus dessous, vous m'avez jeté dans la perplexité, et c'est maintenant seulement que plongeant, à tête reposée, jusqu'au plus profond de mon cœur, je me rends compte d'avoir eu raison, entièrement raison. Ce n'est pas de ma débauche que je parle ici (au diable, cette débauche, ma petite mère, et n'en parlons plus), mais du fait que je vous aime et que ce ne fut pas du tout déraiso

Ma petite mère! Je ne sais plus très bien moi-même et ne me souviens pas clairement de cette histoire que j'aie eue avec les officiers. Il faut que vous sachiez, mon angelet, que j'avais passé auparavant par une période extrêmement agitée. Imaginez que depuis un mois entier je ne tenais plus que par un fil pour ainsi dire. C'était une situation qui sentait la catastrophe imminente. Je me cachais de vous et je m'efforçais même de passer inaperçu chez moi, mais ma logeuse a fait du scandale et s'est mise à crier. Cela n'aurait pas eu d'importance d'ailleurs. Qu'elle crie tant qu'elle veut, cette vilaine femme, mais il y a d'abord que cela me fait honte, et il y a ensuite qu'elle a appris, Dieu sait comment, l'existence de notre amitié. Alors elle s'est mise à crier par toute la maison, au sujet de notre liaison, des choses tellement abominables que j'en ai été glacé d'effroi et me suis bouché les oreilles. Il s'est trouvé malheureusement que les autres locataires n'ont pas bouché leurs oreilles comme moi et les ont, au contraire, ouvertes toutes grandes. Si bien qu'aujourd'hui, je ne sais plus où me cacher…

C'est tout cela, mon doux ange, c'est cette affreuse accumulation de malheurs qui m'a mené à bout et qui acheva de me briser définitivement. Voici que tout à coup j'apprends de Fédora des choses étranges: qu'un visiteur indigne se serait présenté chez vous et vous aurait offensée, par une proposition infâme. Il vous a blessée, blessée au plus profond de vous-même, je le sais, ma petite mère, car j'en juge par moi qui me sens blessé de cette façon. C'est à ce moment, mon doux ange, c'est à ce moment exactement que je perdis pied, c'est là que j'ai dévié et que j'ai roulé dans l'abîme complètement. Je me suis précipité hors de la maison, Varinka, dans une sorte de fureur inouïe. Je voulais me rendre chez cet individu abominable, chez ce pécheur sans vergogne. Je ne savais même pas exactement ce que j'allais faire, parce que je ne peux pas supporter, mon petit ange, qu'on vous offense. Oh! que c'était triste, et je me sentais si misérable! Justement, il pleuvait ce jour-là, partout de la boue, une atmosphère morne et lugubre!… Déjà, je songeais à rentrer, renonçant à mon projet… C'est à ce moment que je suis tombé, ma petite mère. J'ai rencontré Émile, c'est-à-dire Émilien Ilitch, un fonctio