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Figurez-vous, ma petite mère, que le cosaque Ermak, le farouche et redoutable conquérant de la Sibérie, est tombé amoureux de Zouleïka, fille du tsar sibérien Koutchoum, devenue sa captive. C'est une histoire de l'époque d'Ivan le Terrible comme vous le voyez. Voici l'entretien d'Ermak avec Zouleïka:
«- Tu m'aimes donc, Zouleïka? Oh! répète-le, répète-le!
» – Je t'aime, Ermak! murmura Zouleïka.
» – Ô cieux! ô terre! grâces vous en soient rendues! Je suis heureux! Vous m'avez do
» – Ermak! dit Zouleïka, le monde est méchant, les hommes sont injustes. Ils nous persécuteront, ils nous condamneront, mon cher Ermak! Que deviendra dans votre société froide, glacée, orgueilleuse et sans cœur la pauvre fille grandie dans les neiges de sa Sibérie natale, et qui n'a jamais vécu que sous la tente de son père? Les hommes ne me comprendront pas, mon adoré, chevalier de mes rêves!
» – En ce cas, le sabre cosaque s'abattra en sifflant sur leurs têtes! hurla Ermak, les yeux fous.»
Vous imaginez-vous maintenant, Varinka, comment il s'agitera, cet Ermak, lorsqu'il apprendra que sa Zouleïka a été assassinée? Le vieux roi aveugle Koutchoum, profitant de la nuit, s'est glissé, en l'absence d'Ermak, dans son camp, et il a tué sa propre fille dans le dessein de porter un coup mortel à Ermak qui lui a ravi son sceptre et sa couro
«- J'aime le bruit du fer contre la pierre! s'écrie Ermak en état de fureur sauvage, tout en aiguisant son poignard sur une meule. Je veux du sang, du sang! Il faut les tuer, les massacrer tous, les tailler en pièces!!!»
Après quoi Ermak, ne se sentant pas la force de survivre à sa Zouleïka, se jette dans le fleuve Irtyche, et tout s'achève là-dessus.
Lisez encore ceci, ce n'est qu'un bref passage. C'est écrit dans un esprit de description comique, au fond pour faire rire seulement:
«Co
Ça c'est de l'humour, Varinka, et quel humour! Nous nous tordions les côtes tandis qu'il nous lisait ce récit. Ah! mais c'est un gaillard celui-là, que le Seigneur lui pardo
Et si moi-même – c'est une idée bizarre qui me vient parfois à l'esprit – si je me mettais, mais oui, à écrire moi aussi? Qu'adviendrait-il alors? Supposons, là, par exemple, qu'un beau jour, et sans crier gare, un petit livre paraisse et s'étale en librairie avec le titre: Poèmes de Makar Diévouchkine! Eh bien! qu'en diriez-vous alors, mon petit ange? Comment le trouveriez-vous, et qu'en penseriez-vous? Pour ce qui est de moi, ma petite mère, il faut que je vous l'avoue: dès que mon livre aurait été publié, je n'oserais plus jamais mettre les pieds sur la Perspective Nevski. Je n'ose même pas y songer. Chacun pourrait me désigner du doigt en ce cas en disant: le voici, cet auteur, cet écrivain, Diévouchkine, le poète, mais c'est lui, c'est Diévouchkine en perso
votre ami le plus sûr,
Makar DIÉVOUCHKINE.
27 juin.
Cher Monsieur Makar Diévouchkine!
Fédora assure que si je le voulais, certaines gens s'intéresseraient très volontiers à ma situation, et me procureraient une excellente place dans une famille, en qualité de gouvernante. Qu'en pensez-vous, mon ami? Faut-il que je l'accepte ou non? Il est évident que je ne vous serais plus à charge en ce cas, et l'emploi est, paraît-il, bien rétribué. Mais, d'un autre côté, cela me fait peur un peu d'aller dans une maison étrangère. Il s'agit de propriétaires fonciers. Ils voudront s'informer à mon sujet, commenceront à me questio