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J'avais grand’peine à me retenir, à la fois, de rire et de pleurer, en écoutant le pauvre vieillard. Il savait si bien mentir quand il le fallait! On porta les livres dans la chambre de Pokrovski et on les y déposa sur le plancher. Pokrovski devina immédiatement la vérité. Le vieux fut invité à dîner avec nous. Toute cette journée, nous fûmes tous très heureux. Après le dîner, on joua à divers jeux de société et aux cartes. Sacha s'abando
J'en arrive maintenant à des souvenirs tristes, douloureux. Tout ce qui suivit fut si pénible. Je vais parler des jours noirs de ma vie. C'est pour cela peut-être que ma plume résiste et se meut plus lentement sur le papier, comme si elle se refusait à écrire ce qui me reste à dire encore. Voilà pourquoi, sans doute, je me suis laissée aller à évoquer, avec tant d'émotion et d'amour, les moindres détails de mon humble existence au temps où je fus heureuse. Ce temps fut si bref, et les malheurs vinrent ensuite, des malheurs tout noirs dont Dieu seul sait s'ils prendront fin un jour. Les malheurs de ma vie débutèrent avec la maladie et la mort de Pokrovski.
Il tomba malade deux mois après les événements que je viens de décrire. Au cours des dernières semaines, il s'était démené pour s'assurer des moyens d'existence, car il n'avait pas de situation régulière. Comme tous les phtisiques, il caressa, jusqu'au dernier moment, l'espoir de vivre très longtemps encore. On lui offrait quelque part un emploi d'instituteur, mais cette profession lui faisait horreur. Sa santé ne lui permettait pas, par ailleurs, d'entrer dans une administration publique, et il lui aurait fallu attendre trop longtemps, en ce cas, la première tranche de son traitement. Bref, il enregistra des échecs de tous les côtés et son caractère s'en ressentit. Son état s'aggravait en même temps, mais il ne s'en rendait pas compte. Survint l'automne. Il sortait chaque jour dans sa légère capote d'étudiant, pour essayer d'améliorer ses affaires en sollicitant, en quémandant un poste n'importe où, et ces démarches lui infligeaient une torture morale. L'eau pénétrait dans ses chaussures, il rentrait trempé par la pluie et, un beau jour, il dut s'aliter pour ne plus se relever… Il mourut au cœur de l'automne, vers la fin d'octobre.
Je ne quittai pour ainsi dire pas sa chambre durant sa maladie, l'entourant de soins et veillant sur lui. Il m'arriva de passer des nuits blanches à son chevet. Il n'avait que rarement toute sa co
Par moments, Pokrovski me reco
Le vieux Pokrovski passa toute la nuit dans le couloir, devant la porte de la chambre de son fils, où on avait étendu une natte pour lui sur le plancher. Il entrait à tout moment chez son fils. Il était effrayant à voir. Le chagrin l'écrasait à tel point qu'il semblait devenu complètement insensible et stupide. Sa tête branlait de frayeur. Il tremblait du reste de tout son corps et chuchotait sans arrêt comme s'il discutait avec lui-même. Je pensais qu'il deviendrait fou de chagrin.
Peu avant l'aube, le vieillard, épuisé par la souffrance, s'endormit sur sa natte. Vers huit heures, son fils commença à mourir, et je réveillai le père. Pokrovski avait toute sa lucidité à ce moment et il prit congé de nous tous. Chose bizarre: je ne parvenais pas à pleurer, mais mon âme se déchirait.
Ce furent surtout ses derniers instants qui me torturèrent le plus. Il ne cessait de demander quelque chose de sa langue qui s'embrouillait, et je ne parvenais pas à comprendre ce qu'il désirait. Mon cœur se brisait de désespoir. Il s'agita une heure entière, possédé par un désir incompréhensible, s'efforçait de se faire comprendre par signe avec ses mains refroidies et se remettait ensuite à supplier d'une voix éteinte, lamentable et sourde où passaient déjà des râles. Mais les mots qu'il prononçait n'étaient plus que des sons inarticulés, et je fus de nouveau incapable de les comprendre. Je lui amenai l'une après l'autre toutes les perso
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