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Je ne me souviens pas au juste des entretiens que nous avons eus, de tout ce que nous nous sommes dit l'un à l'autre au cours des heures à la fois pénibles et douces que nous passions ensemble la nuit, à la lumière tremblante de la veilleuse, presque au chevet de ma pauvre mère malade… De quoi n'avons-nous pas parlé? Je disais tout ce qui me venait à l'esprit, tout ce qui jaillissait spontanément de mon cœur, tout ce qui me sortait irrésistiblement, et nous étions si près du bonheur dans ces instants… Oh! ce fut là un temps triste et plein de bonheur, et dans cette minute même je me sens heureuse et triste en me souvenant de lui. Les souvenirs, qu'ils soient gais ou amers, sont toujours douloureux. Il en est ainsi chez moi en tout cas. Mais cette souffrance aussi est douce. Aux heures où le cœur ploie sous l'infortune, où une lourde mélancolie envahit l'âme assombrie par les épreuves, les souvenirs vie

Ma mère se rétablit, mais je continuai à veiller la nuit auprès de son lit. Pokrovski me passait fréquemment des livres. Je lisais d'abord pour ne pas m'endormir, puis avec un certain intérêt, et avec avidité pour finir. Un monde nouveau, jusque-là inco

Lorsque la maladie de ma mère prit fin, nos entrevues nocturnes et nos longues conversations en tête à tête s'interrompirent. Nous avions encore l'occasion d'échanger de temps à autre quelques paroles, le plus souvent banales et insignifiantes. Mais je me plaisais à leur attacher une signification spéciale, une valeur particulière, sous-entendue. Ma vie était si riche, si pleine, et j'étais si heureuse, si calme, si pénétrée d'un bonheur doux et tranquille. Quelques semaines s'écoulèrent ainsi…

Un jour, le vieux Pokrovski vint nous voir. Il bavarda longuement avec nous et paraissait plus gai, plus vaillant, plus loquace qu'à l'ordinaire. Il était extraordinairement animé, riait constamment, et faisait de l'esprit à sa façon. Il nous dévoila finalement la cause de son enthousiasme en nous informant que Petinka aurait son a

Son a

Je savais qu'on peut obtenir, chez certains bouquinistes des Arcades Gosti

Par bonheur, je tombai assez vite sur les œuvres de Pouchkine, fort joliment reliées. Je me mis à marchander. Le bouquiniste fixa tout d'abord un prix au-dessus de celui qu'on paie en librairie pour des ouvrages neufs. À force de marchander, je parvins, non sans peine il est vrai et après avoir fait mine plusieurs fois de me retirer, à faire baisser les exigences du vendeur qui, de réduction en réduction, ne me demanda plus pour finir que dix roubles en argent. Avec quelle joie je discutais avec lui!… La pauvre Matrena se demandait ce qui m'arrivait, et pourquoi j'avais eu soudain l'idée d'acheter tant de livres. Mais malheur! Je possédais en tout trente roubles en assignats et le marchand se refusait obstinément à me céder l'ouvrage pour un prix inférieur. Je le suppliai, j'insistai, et réussis finalement à le fléchir. Cependant, il ne consentit à rabattre que deux roubles cinquante, et jura qu'il ne faisait cette ultime concession que par égard pour moi, parce que j'étais une jeune fille si sympathique, mais qu'il n'aurait jamais fixé un tel prix à quelqu'un d'autre. Cependant, il me manquait encore deux roubles cinquante pour conclure l'achat. Je fus sur le point de pleurer de dépit. Une circonstance tout à fait imprévue vint me tirer d'embarras.

Non loin de moi, j'aperçus, à l'extrémité d'une autre table chargée de livres, le vieux Pokrovski autour duquel s'empressaient quatre ou cinq bouquinistes. Ils l'avaient complètement désarço