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– Non, ce n’est pas vrai, dit le starets.
– Il n’y a rien de semblable dans aucun Menée. À propos de quel saint dites-vous que ce fait est rapporté? demanda le Père bibliothécaire.
– J’ignore lequel. Je n’en ai pas co
– Je ne vous ai jamais raconté cela, pour la bo
– Il est vrai que vous ne l’avez pas raconté à moi perso
Fiodor Pavlovitch s’échauffait d’une façon pathétique, bien qu’il fût évident pour tous qu’il se do
«Quelle absurdité, comme tout le reste d’ailleurs! murmura-t-il. Si j’ai dit cela ce n’est certes pas à vous. En fait, j’ai entendu à Paris un Français raconter qu’on lit chez nous cet épisode à la messe, dans les Menées. C’est un érudit, qui a spécialement étudié la statistique de la Russie, où il a longtemps séjourné. Quant à moi, je n’ai pas lu les Menées et je ne les lirai pas… Que ne dit-on pas à table! Et nous dînions alors…
– Oui, vous dîniez alors, et moi j’ai perdu la foi! dit pour le taquiner Fiodor Pavlovitch.
– Que m’importe votre foi! allait crier Mioussov, mais il se contint et proféra avec mépris: Vous souillez littéralement tout ce que vous touchez.»
Le starets se leva soudain.
«Excusez-moi, messieurs, de vous laisser seuls quelques instants, dit-il en s’adressant à tous les visiteurs; mais on m’attendait dès avant votre arrivée. Quant à vous, abstenez-vous de mentir», ajouta-t-il d’un ton plaisant à l’adresse de Fiodor Pavlovitch.
Il quitta la cellule. Aliocha et le novice s’élancèrent pour l’aider à descendre l’escalier. Aliocha étouffait; il était heureux de sortir, heureux également de voir le starets gai et non offensé. Le starets se dirigeait vers la galerie pour bénir celles qui l’attendaient, mais Fiodor Pavlovitch l’arrêta à la porte de la cellule.
«Bienheureux! s’exclama-t-il avec sentiment, permettez-moi de vous baiser encore une fois la main! Avec vous, on peut causer, on peut vivre. Vous pensez peut-être que je mens sans cesse et que je fais toujours le bouffon? C’était pour me rendre compte si l’on peut vivre avec vous, s’il y a place pour mon humilité à côté de votre fierté. Je vous délivre un certificat de sociabilité! Maintenant, je ne soufflerai plus mot. Je vais m’asseoir et garder le silence. Maintenant, à vous de parler, Piotr Alexandrovitch, vous demeurez le perso
III. Les femmes croyantes
Au bas de la galerie en bois pratiquée vers le mur extérieur de l’enceinte se pressaient une vingtaine de femmes du peuple. On les avait prévenues que le starets allait enfin sortir, et elles s’étaient groupées en l’attendant. Les dames Khokhlakov l’attendaient également, mais dans une chambre de la galerie, réservée aux visiteuses de qualité. Elles étaient deux: la mère et la fille. La première, riche propriétaire, toujours habillée avec goût, était encore assez jeune et d’extérieur fort agréable, avec des yeux vifs et presque noirs. Elle n’avait que trente-trois ans et était veuve depuis cinq ans. Sa fille, âgée de quatorze ans, avait les jambes paralysées. La pauvre fillette ne marchait plus depuis six mois; on la transportait dans une chaise longue à roulettes. Elle avait un délicieux visage, un peu amaigri par la maladie, mais gai; des lueurs folâtres brillaient dans ses grands yeux sombres, qu’ombrageaient de longs cils. Depuis le printemps, la mère se disposait à l’emmener à l’étranger, mais des travaux entrepris dans leur domaine les avaient retardées. Elles séjournaient depuis huit jours dans notre ville plus pour affaire que par dévotion; néanmoins elles avaient déjà rendu visite au starets, trois jours auparavant. Elles étaient revenues encore une fois, et tout en sachant que le starets ne pouvait presque plus recevoir perso