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Cependant, les paysans me regardaient, bouches bées et les yeux écarquillés, comme un phénomène.

– Écoutez, mon oncle, interrompis-je, il me semble que je trouble un peu ces paysans. Ils sont venus sans doute pour affaires. Que demandent-ils? J’avoue que je me doute de quelque chose et que je serais très heureux de les entendre.

Mon oncle devint aussitôt très affairé.

– Ah! oui, j’avais complètement oublié… Mais nous n’avons rien à faire ensemble. Ils se sont mis en tête (et je voudrais bien savoir qui a le premier lancé cette idée), ils se sont mis en tête que je les do

– Ainsi, ce n’est donc pas vrai, mon oncle? Vous n’allez pas la lui do

– Jamais de la vie! Je n’en ai jamais eu l’idée! Qui t’en a donc parlé? Il sont partis sur un mot qui m’a échappé une fois par hasard. Qu’ont-il donc à tant détester Foma? Attends, Serge, je te le présenterai, ajouta-t-il en me regardant timidement, comme s’il eut déjà pressenti en moi un e

– Nous n’en voulons pas; nous ne voulons perso

– Écoutez, mon oncle, répondis-je, je n’ai pas encore vu Foma, mais… voyez-vous… certains bruits me sont parvenus… Du reste, j’ai là-dessus mes idées perso

– Précisément! précisément! fit mon oncle, saisissant l’occasion, précisément! Laissons partir les paysans et nous causerons amicalement, raiso

– Notre petit père! vous êtes notre père et nous sommes vos enfants. Ne nous do

– Quels imbéciles! Mais je ne vous do

– Il nous ferait mourir avec ses livres! On dit que ceux d’ici sont absolument sur les dents.

– Est-ce qu’il vous enseigne aussi le français? m’écriai-je avec terreur.

– Non, pas encore, grâce à Dieu! répondit un des paysans, beau parleur, sans doute, un homme chauve et roux avec un longue barbiche qui se trémoussait tout le temps qu’il parlait. Non, Monsieur, grâce à Dieu!

– Que vous enseigne-t-il donc?

– Des bêtises, à notre sens.

– Comment, des bêtises?

– Sérioja! Tu te trompes; c’est une calomnie! s’écria mon oncle tout rouge et confus. Ce sont des imbéciles qui ne compre

– Pardon, mon oncle, et la langue française?

– Mais c’est pour la prononciation; rien que pour la prononciation! – et sa voix était suppliante. Il me l’a dit lui-même, que c’était pour la prononciation… Et puis, il y a autre chose… Tu n’es pas au courant; par conséquent, tu ne peux juger! Il faut se renseigner avant d’accuser, mon cher… Il est facile d’accuser!

– Mais vous, que faites-vous donc? dis-je aux paysans. Vous n’avez qu’à lui dire tout simplement: «Vous voulez des choses impossibles, voici comment il faut faire!» Vous avez une langue, il me semble!

– Montre-moi la souris qui pendra une clochette au cou du chat! Il nous dit toujours: «Sale paysan, je veux t’apprendre l’ordre et la propreté. Pourquoi ta chemise est-elle sale?» «Mais parce qu’elle est trempée de sueur!» Nous ne pouvons pourtant changer de chemise tous les jours. La propreté ne nous fera pas plus ressusciter que la malpropreté ne nous fera mourir.

Un autre paysan intervint. Maigre, de haute taille, avec des vêtements rapiécés et des sandales de bouleau tout usées, c’était un de ces éternels mécontents qui ont toujours un mot venimeux en réserve. Jusque-là, il était resté caché derrière le dos de ses camarades, écoutant dans un morne silence et grimaçant un sourire amer.

– L’autre jour, dit-il, Foma Fomitch vint sur la place et demanda: «Savez-vous combien de verstes il y a d’ici au soleil?» Qui le sait? C’est de la science pour les seigneurs et non pas pour nous! «Non, vous ne co

– Et t’a-t-il dit combien de verstes il y a de la terre au soleil? fit mon oncle, s’animant tout à coup en me clignant gaiement de l’œil, comme pour me dire: «Tu vas voir quelque chose!»

– Il a dit qu’il y en avait beaucoup, répondit sans empressement le paysan qui ne s’attendait pas à cette attaque.

– Mais combien?

– Il a dit qu’il y avait quelque cent ou mille verstes… qu’il y en avait beaucoup.

– Rappelle-toi! Et tu te figurais qu’il n’y avait qu’une verste, que le soleil était tout près de nous? Non, frérot, la terre, vois-tu, c’est comme un ballon, tu comprends? continua mon oncle en traçant dans l’espace un geste circulaire.

Le paysan sourit amèrement.

– Oui, comme un ballon! Elle se tient en l’air d’elle-même et elle tourne autour du soleil qui reste en place tandis que tu crois qu’il marche. Comprends-tu le système? Tout cela a été découvert par le capitaine Cook, un marin… (Le diable sait qui l’a découvert! me chuchota mon oncle, quant à moi, je n’en sais rien)… Et toi, sais-tu sa distance qu’il y a entre la terre et le soleil?

– Je le sais, mon oncle, répondis-je, rempli d’éto

– Très juste! c’est de la malpropreté! fit mon oncle ravi, et sautant sur mon expression qu’il trouvait très heureuse. Grande idée! Oui, c’est de la malpropreté! Je l’ai toujours dit… C’est-à-dire que je ne l’ai jamais dit, mais que je l’ai toujours pensé. Vous entendez? – cria-t-il aux paysans – l’ignorance, c’est la même chose que la malpropreté. C’est pourquoi Foma voulait vous instruire, pour votre bien. Mais c’est bon, mes amis, allez maintenant et que Dieu soit avec vous. Je suis très content, très content. Soyez tranquilles; je ne vous abando

– Défends-nous, notre père!