Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 1 из 62

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Carnet D’un Inco

traduit du russe par J.-W. Bienstock et Charles Torquet – 1906

PREMIÈRE PARTIE

I INTRODUCTION

Sa retraite prise, mon oncle, le colonel Yégor Ilitch Rostaniev, se retira dans le village de Stépantchikovo où il vécut en parfait hobereau. Contents de tout, certains caractères se font à tout; tel était le colonel. On s’imaginerait difficilement homme plus paisible, plus conciliant et, si quelqu’un se fût avisé de voyager sur son dos l’espace de deux verstes, sans doute l’eût-il obtenu. Il était bon à do

Il était bâti en athlète, de haute taille et bien découplé, avec des joues roses, des dents blanches comme l’ivoire, une longue moustache d’un blond foncé, le rire bruyant, sonore et franc, et s’exprimait très vite, par phrases hachées. Marié jeune, il avait aimé sa femme à la folie, mais elle était morte, laissant en son cœur un noble et ineffaçable souvenir. Enfin, ayant hérité du village de Stépantchikovo, ce qui haussait sa fortune à six cents âmes, il quitta le service et s’en fut vivre à la campagne avec son fils de huit ans, Hucha, dont la naissance avait coûté la vie de sa mère, et sa fillette Sachenka, âgée de quinze ans, qui sortait d’un pensio

Au moment où il prenait sa retraite après son héritage, sa mère, la générale Krakhotkine, perdit son second mari, épousé quelque seize ans plus tôt, alors que mon oncle, encore simple cornette, pensait déjà à se marier.

Longtemps elle refusait son consentement à ce mariage, versant d’abondantes larmes, accusant mon oncle d’égoïsme, d’ingratitude, d’irrespect. Elle arguait que la propriété du jeune homme suffisait à peine aux besoins de la famille, c’est-à-dire à ceux de sa mère avec son cortège de domestiques, de chiens, de chats, etc. Et puis, au beau milieu de ces récriminations et de ces larmes, ne s’était-elle pas mariée tout à coup avant son fils? Elle avait alors quarante-deux ans. L’occasion lui avait paru excellente de charger encore mon pauvre oncle, en affirmant qu’elle ne se mariait que pour assurer à sa vieillesse l’asile refusé par l’égoïste impiété de son fils et cette impardo

Je n’ai jamais pu savoir les motifs capables d’avoir déterminé un homme aussi raiso

C’était un homme hautain. D’instruction moye

Sa carrière, assez brillante, s’était trouvée brusquement interrompue par une démission forcée à la suite d’un «fâcheux accident». Il avait tout juste évité le jugement et, privé de sa pension, en fut définitivement aigri. Bien que sans ressources et ne possédant qu’une centaine d’âmes misérables, il se croisait les bras et se laissait entretenir pendant les douze longues a

Voitures, laquais et fauteuil étaient aux frais du fils impie. Il envoyait à sa mère ses ultimes deniers, grevant sa propriété d’hypothèques, se privant de tout, contractant des dettes hors de proportion avec sa fortune d’alors, sans échapper pour cela aux reproches d’égoïsme et d’ingratitude, si bien que mon oncle avait fini par se regarder lui-même comme un affreux égoïste et, pour s’en punir, pour s’en corriger, il multipliait les sacrifices et les envois d’argent.

La générale était restée en adoration devant son mari. Ce qui l’avait particulièrement charmée en lui, c’est qu’il était général, faisant d’elle une générale. Elle avait dans la maison son appartement particulier où elle vivait avec ses domestiques, ses commères et ses chiens. Dans la ville, on la traitait en perso

Quant au général, il ne se mêlait de rien, mais il se plaisait à railler cruellement sa femme devant les étrangers, se posant des questions dans le genre de celle-ci: «Comment ai-je bien pu me marier avec cette faiseuse de brioches?» Et perso

Mais les auditeurs de la ville ne goûtaient point ce genre de conversation et se faisaient de plus en plus rares. On avait bien tenté d’organiser chez lui un whist préférence, mais les parties se terminaient ordinairement par de telles fureurs du général que Madame et ses amis brûlaient des cierges, disaient des prières, faisaient des réussites, distribuaient des pains dans les prisons pour écarter d’eux ce redoutable whist de l’après-midi qui ne leur valait que des injures, et parfois même des coups au sujet de la moindre erreur. Le général ne se gênait devant perso

J’avoue a

Foma Fomitch, en s’offrant au général Krakhotkine, ne demanda d’autre salaire que sa nourriture! D’où sortait-il? Perso