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«Je savais bien, fit-il entr’ouvrant les yeux, c’est mon jour de naissance: je savais bien que tu viendrais. Je vais tout de suite me lever.»

Et, tout en parlant, il s’assoupit.

A

«Pourquoi pleures-tu, maman? demanda-t-il tout à fait réveillé… Pourquoi pleures-tu? répéta-t-il, prêt à pleurer lui-même.

– Moi? Je ne pleurerai plus… c’est de joie. Il y a si longtemps que je ne t’ai vu! C’est fini, fini, dit-elle renfonçant ses larmes et se détournant. Maintenant tu vas t’habiller, – fit-elle après s’être un peu calmée, et, sans quitter la main de Serge, elle s’assit près du lit, sur une chaise où étaient préparés les vêtements de l’enfant… Comment t’habilles-tu sans moi? Comment…? – elle voulait parler simplement et gaiement, mais n’y parvenait pas, et se détourna encore.

– Je ne me lave plus à l’eau froide, papa l’a défendu: tu n’as pas vu Wassili Loukitch? Il va venir. Tiens, tu es assise sur mes affaires!»

Et Serge pouffa de rire. Elle le regarda et sourit.

«Maman, ma chérie! s’écria-t-il se jetant de nouveau dans ses bras comme s’il eût mieux compris ce qui lui arrivait, en la voyant sourire.

«Ôte cela,» dit-il, lui enlevant son chapeau. Et, la voyant tête nue, il se reprit à l’embrasser.

«Qu’as-tu pensé de moi? As-tu cru que j’étais morte?

– Jamais je ne l’ai cru.

– Tu ne l’as pas cru, mon chéri?

– Je savais, je savais bien!» dit-il en répétant sa phrase favorite, et, saisissant la main qui caressait sa chevelure, il en appuya la paume sur sa petite bouche et se mit à la baiser.

XXX

Wassili Loukitch, pendant ce temps, était fort embarrassé; il venait d’apprendre que la dame dont la visite lui avait paru extraordinaire était la mère de Serge, cette femme qui avait abando

Une vive émotion régnait parmi les domestiques; ils savaient tous que Kapitonitch avait laissé entrer leur maîtresse, et qu’elle se trouvait dans la chambre de l’enfant; ils savaient aussi que leur maître entrait d’habitude chaque matin chez Serge à neuf heures; chacun d’eux sentait que les époux ne devaient pas se rencontrer, qu’il fallait les en empêcher.

Korneï, le valet de chambre, descendit chez le suisse pour demander pourquoi on avait introduit A

«Oui-da, tu ne l’aurais pas laissée entrer, toi! dit-il. Après avoir servi dix ans et n’avoir entendu que de bo

– Soldat! répondit Korneï avec mépris, et il se tourna vers la bo

– Quelle affaire, quelle affaire! dit la bo

Quand la bo

«Madame, ma colombe! murmura la vieille femme s’approchant d’A

– Ah! Niania, ma chère, je ne vous savais pas dans la maison, dit A

– Je ne demeure plus ici, je vis chez ma fille, mais je suis venue ce matin féliciter Serge, A

La vieille femme se prit à pleurer et à baiser de nouveau la main de son ancie

Serge, les yeux brillants de joie, tenait d’une main sa mère et de l’autre sa bo

«Maman, elle vient souvent me voir, et quand elle vient…» Mais il s’arrêta en voyant la bo

A

«Mon chéri!» lui dit-elle.

Jamais elle ne put prononcer le mot adieu, mais, à l’expression de son visage, l’enfant comprit.

«Mon cher, cher petit Koutia! murmura-t-elle, employant un surnom qu’elle lui do

Combien de choses elle regretta ensuite de n’avoir pas su lui dire, et dans ce moment elle était incapable de rien trouver, rien exprimer! Mais Serge comprit tout; il sentit que sa mère l’aimait et qu’elle était malheureuse: il comprit même ce que la bo

Elle n’était pas coupable, et semblait craindre et rougir: de quoi? Il aurait voulu faire une question, mais il n’osa pas interroger, car il voyait sa mère souffrir et elle lui faisait trop de peine! Il se serra contre elle en murmurant: