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«En moins de trois heures nous eûmes atteint le rivage opposé: nous avions fait trente milles dans ce court espace de temps. À Helvoetsluys je vendis ma monture moye
«L’animal sur le dos duquel j’étais assis ne nageait pas: il courait avec une incroyable rapidité sur le fond de la mer, chassant devant lui des millions de poissons tout différents de ceux qu’on a l’habitude de voir: quelques-uns avaient la tête au milieu du corps; d’autres au bout de la queue; d’autres étaient rangés en cercle et chantaient des chœurs d’une beauté inexprimable; d’autres construisaient avec l’eau des édifices transparents, entourés de colo
«Entre autres incidents de voyage, je passai sur une immense chaîne de montagnes, aussi élevée, pour le moins, que les Alpes. Une foule de grands arbres d’essences variées s’accrochaient aux flancs des rochers.
«Sur ces arbres poussaient des homards, des écrevisses, des huîtres, des moules, des colimaçons de mer, dont quelques-uns si monstrueux qu’un seul eût suffi à la charge d’un chariot, et le plus petit écrasé un portefaix. Toutes les pièces de cette espèce qui échouent sur nos rivages et qu’on vend dans nos marchés ne sont que de la misère, que l’eau enlève des branches tout comme le vent fait tomber des arbres le menu fruit. Les arbres à homards me parurent les mieux fournis: mais ceux à écrevisses et à huîtres étaient les plus gros. Les petits colimaçons de mer poussent sur des espèces de buissons qui se trouvent presque toujours au pied des arbres à écrevisses, et les enveloppent comme fait le lierre sur le chêne.
«Je remarquai aussi le singulier phénomène produit par un navire naufragé. Il avait, à ce qu’il me sembla, do
«J’étais à peu près à moitié route, et me trouvais dans une vallée située à cinq cents toises au moins au-dessous de la surface de la mer: je commençais à souffrir du manque d’air. Au surplus, ma position était loin d’être agréable sous bien d’autres rapports. Je rencontrais de temps en temps de gros poissons qui, autant que j’en pouvais juger par l’ouverture de leurs gueules, ne paraissaient pas éloignés de vouloir nous avaler tous deux. Ma pauvre Rossinante était aveugle, et je ne dus qu’à ma prudence d’échapper aux intentions hostiles de ces messieurs affamés. Je continuai donc à galoper, dans le but de me mettre le plus tôt possible à sec.
«Parvenu assez près des rives de la Hollande, et n’ayant plus guère qu’une vingtaine de toises d’eau sur la tête, je crus apercevoir, étendue sur le sable, une forme humaine, qu’à ses vêtements je reco
«Ce fut en ce moment que mon étoile me fit la rencontrer et me permit de rendre à la terre un couple heureux et fidèle.
«Je me représente aisément les bénédictions dont monsieur son mari dut me combler en retrouvant, à son retour, sa tendre épouse sauvée par moi. Au reste, pour mauvais que fût le tour que j’avais joué à ce pauvre diable, mon cœur en reste parfaitement i
C’est là que se terminait habituellement le récit de mon père, récit que m’a rappelé la fameuse fronde dont je vous ai entretenu et qui, après avoir été conservée si longtemps dans ma famille et lui avoir rendu tant de services signalés, joua son reste contre le cheval de mer: elle put encore me servir en envoyant par ma main, ainsi que je vous l’ai raconté, une bombe au milieu des Espagnols, et en sauvant mes deux amis de la potence; mais ce fut là son dernier exploit; elle s’en alla en grande partie avec la bombe, et le morceau, ce qui m’en resta dans la main, est conservé aujourd’hui dans les archives de notre famille, à côté d’un grand nombre d’antiquités des plus précieuses.
Peu de temps après, je quittai Gibraltar et retournai en Angleterre, où il m’arriva une des plus singulières aventures de ma vie.
Je m’étais rendu à Wapping pour surveiller l’embarquement de divers objets que j’envoyais à plusieurs de mes amis de Hambourg; l’opération terminée, je revins par le Tower Wharf. Il était midi, et j’étais horriblement fatigué; pour échapper à l’ardeur du soleil, j’imaginai de me fourrer dans un des canons de la tour afin de prendre un peu de repos: à peine installé, je m’endormis profondément. Or, il se trouvait que nous étions précisément au 1er juin, jour a