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Gottfried August Bürger

Aventures Et Mésaventures Du Baron De Münchhausen (illustre)

Traduction Théophile Gautier fils

Publication originale, 1786.

PRÉFACE

Les Aventures du baron de Münchhausen jouissent en Allemagne d’une célébrité populaire qu’elles ne sauraient manquer, nous l’espérons du moins, d’acquérir bientôt en France, malgré leur forte saveur germanique, et peut-être à cause même de cela: le génie des peuples se révèle surtout dans la plaisanterie. Comme les œuvres sérieuses chez toutes les nations ont pour but la recherche du beau qui est un de sa nature, elles se ressemblent nécessairement davantage, et portent moins nettement imprimé le cachet de l’individualité ethnographique. Le comique, au contraire, consistant dans une déviation plus ou moins accentuée du modèle idéal, offre une multiplicité singulière des ressources: car il y a mille façons de ne pas se conformer à l’archétype. La gaieté française n’a aucun rapport avec l’humour brita

THÉOPHILE GAUTIER

CHAPITRE PREMIER Voyage en Russie et à Saint-Pétersbourg.

J’entrepris mon voyage en Russie au milieu de l’hiver, ayant fait ce raiso

Représentez-vous maintenant, par ce temps âpre, sous ce rude climat, un pauvre vieillard gisant sur le bord désolé d’une route de Pologne, exposé à un vent glacial, ayant à peine de quoi couvrir sa nudité.

L’aspect de ce pauvre homme me navra l’âme: et quoiqu’il fît un froid à me geler le cœur dans la poitrine, je lui jetai mon manteau. Au même instant, une voix retentit dans le ciel, et, me louant de ma miséricorde, me cria: «Le diable m’emporte, mon fils, si cette bo

Je continuai mon voyage, jusqu’à ce que la nuit et les ténèbres me surprissent. Aucun signe, aucun bruit, qui m’indiquât la présence d’un village: le pays tout entier était enseveli sous la neige, et je ne savais pas ma route.

Harassé, n’en pouvant plus, je me décidai à descendre de cheval; j’attachai ma bête à une sorte de pointe d’arbre qui surgissait de la neige. Je plaçai, par prudence, un de mes pistolets sous mon bras, et je m’étendis sur la neige. Je fis un si bon somme, que, lorsque je rouvris les yeux, il faisait grand jour. Quel fut mon éto

Tout alla bien jusqu’à mon arrivée en Russie, où l’on n’a pas l’habitude d’aller à cheval en hiver. Comme mon principe est de me conformer toujours aux usages des pays où je me trouve, je pris un petit traîneau à un seul cheval, et me dirigeai gaiement vers Saint-Pétersbourg.

Je ne sais plus au juste si c’était en Estonie ou en Ingrie, mais je me souviens encore parfaitement que c’était au milieu d’une effroyable forêt, que je me vis poursuivi par un énorme loup, rendu plus rapide encore par l’aiguillon de la faim. Il m’eut bientôt rejoint; il n’était plus possible de lui échapper: je m’étendis machinalement au fond du traîneau, et laissai mon cheval se tirer d’affaire et agir au mieux de mes intérêts. Il arriva ce que je présumais, mais que je n’osais espérer. Le loup, sans s’inquiéter de mon faible individu, sauta par-dessus moi, tomba furieux sur le cheval, déchira et dévora d’un seul coup tout l’arrière-train de la pauvre bête, qui, poussée par la terreur et la douleur, n’en courut que plus vite encore. J’étais sauvé! Je relevai furtivement la tête, et je vis que le loup s’était fait jour à travers le cheval à mesure qu’il le mangeait: l’occasion était trop belle pour la laisser échapper; je ne fis ni une ni deux, je saisis mon fouet, et je me mis à cingler le loup de toutes mes forces: ce dessert inattendu ne lui causa pas une médiocre frayeur; il s’élança en avant de toute vitesse, le cadavre de mon cheval tomba à terre et – voyez la chose étrange! – mon loup se trouva engagé à sa place dans le harnais. De mon côté, je n’en fouettai que de plus belle, de sorte que, courant de ce train-là, nous ne tardâmes pas à atteindre sains et saufs Saint-Pétersbourg, contre notre attente respective, et au grand éto