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Nous étions au 10 avril. L’attaque de la Tour Carrée devait se produire dans la nuit du 11 au 12.

X La journée du 11.

Cette attaque eut lieu dans des conditions si mystérieuses et si en dehors de la raison humaine, apparemment, que le lecteur me permettra, pour mieux lui faire saisir tout ce que l’événement eut de tragiquement déraiso

Toute cette journée fut d’une chaleur accablante et les heures de garde furent particulièrement pénibles. Le soleil était torride et il nous eût été douloureux de surveiller la mer qui brûlait comme une plaque d’acier chauffée à blanc, si nous n’avions été munis de lorgnons de verres fumés dont il est difficile de se passer dans ce pays, la saison d’hiver écoulée.

À neuf heures, je descendis de ma chambre et allai sous la poterne, dans la salle dite par nous du conseil de guerre, relever de sa garde Rouletabille. Je n’eus point le temps de lui poser la moindre question, car M. Darzac arriva sur ces entrefaites, nous a

Rouletabille tint, en cette circonstance, comme toujours, à M. Darzac, le langage de la raison. Il lui accorda en principe que son séjour et celui de Mme Darzac au fort d’Hercule devaient être, le plus possible, abrégés; mais aussi il lui fit entendre qu’il y allait de leur sécurité à tous deux que leur départ ne fût point trop précipité. Une nouvelle lutte était engagée entre eux et Larsan. S’ils s’en allaient, Larsan saurait toujours bien les rejoindre, et dans un pays et dans un moment où ils l’attendraient le moins. Ici, ils étaient prévenus, ils étaient sur leurs gardes, car ils savaient. À l’étranger, ils se trouveraient à la merci de tout ce qui les entourerait, car ils n’auraient point les remparts du fort d’Hercule pour les défendre. Certes! cette situation ne pourrait se prolonger, mais Rouletabille demandait encore huit jours, pas un de plus, pas un de moins. «Huit jours, leur dit Colomb, et je vous do

M. Darzac nous quitta en haussant les épaules. Il paraissait furieux. C’était la première fois que nous lui voyions cette humeur.

Rouletabille dit:

«Mme Darzac ne nous quittera pas et M. Darzac restera.»

Et il s’en alla à son tour.

Quelques instants plus tard, je vis arriver Mrs. Edith. Elle avait une toilette charmante, d’une simplicité qui lui seyait merveilleusement. Elle fut tout de suite coquette avec moi, montrant une gaieté un peu forcée et se moquant joliment du métier que je faisais. Je lui répondis un peu vivement qu’elle manquait de charité puisqu’elle n’ignorait point que tout le mal exceptio

«La Dame en noir!… Elle vous a donc tous ensorcelés!…»

Mon Dieu! Qu’elle avait un joli rire! En d’autres temps, certes! Je n’eusse point permis qu’on parlât ainsi à la légère de la Dame en noir, mais je n’eus point, ce matin-là, le courage de me fâcher… Au contraire, je ris avec Mrs. Edith.

«C’est que c’est un peu vrai, fis-je…

– Mon mari en est encore fou!… Jamais je ne l’aurais cru si romanesque!… Mais, moi aussi, ajouta-t-elle assez drôlement, je suis romanesque…»

Et elle me regarda de cet œil curieux qui, déjà, m’avait tant troublé…

«Ah!…»

C’est tout ce que je trouvais à dire.

«Ainsi, j’ai beaucoup de plaisir, continua-t-elle, à la conversation du prince Galitch, qui est certainement plus romanesque que vous tous!»

Je dus faire une drôle de mine, car elle en marqua un bruyant amusement. Quelle petite femme bizarre!

Alors, je lui demandai qui était ce prince Galitch dont elle nous parlait souvent et qu’on ne voyait jamais.

Elle me répliqua qu’on le verrait au déjeuner, car elle l’avait invité à notre intention; et elle me do

J’appris ainsi que le prince Galitch est un des plus riches boyards de cette partie de la Russie appelée «Terre noire», féconde entre toutes, placée entre les forêts du Nord et les steppes du midi.

Héritier, dès l’âge de vingt ans, d’un des plus vastes patrimoines moscovites, il avait su encore l’agrandir par une gestion économe et intelligente dont on n’eût point cru capable un jeune homme qui avait eu jusqu’alors pour principale occupation la chasse et les livres. On le disait sobre, avare et poète. Il avait hérité de son père, à la cour, une haute situation. Il était chambellan de sa majesté et l’on supposait que l’empereur, à cause des immenses services rendus par le père, avait pris le fils en particulière affection. Avec cela, il était délicat comme une femme à la fois et fort comme un turc. Bref, ce gentilhomme russe avait tout pour lui. Sans le co