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Brignolles ne s’arrêta qu’à Menton. Il avait voulu certainement y arriver par un autre train que le train de Paris, et dans un moment où il avait peu de chances de rencontrer des visages de co

Sospel est une petite ville pittoresque perdue entre les derniers contreforts des Alpes, à deux heures et demie de Menton, en voiture. Aucun chemin de fer n’y passe. C’est l’un des coins les plus retirés, les plus inco

Je restai planté sur mes pieds comme si, soudain, j’avais pris racine au sol! Je n’eus pas un cri, pas un geste. J’étais, ma foi, foudroyé par cette révélation! Puis je repris mon esprit et, en même temps qu’un sentiment d’horreur m’envahissait pour Brignolles, un sentiment d’admiration m’envahissait pour moi-même. Ah! j’avais deviné juste! J’étais le seul à avoir deviné que ce Brignolles du diable était un danger terrible pour Robert Darzac! Si l’on m’avait écouté, il y aurait beau temps que le professeur sorbonien s’en serait séparé! Brignolles, créature de Larsan, complice de Larsan!… quelle découverte! Quand je disais que les accidents de laboratoire n’étaient pas naturels! Me croira-t-on, maintenant? Ainsi, j’avais bien vu Brignolles et Larsan se parlant, discutant à l’entrée du tu

… Mais où sont-ils? Je traverse le tu

Ce vieux Castillon n’était plus habité et pour cause. Il avait été entièrement ruiné, détruit, par le tremblement de terre de 1887. Il ne restait plus, çà et là, que quelques pans de murailles achevant tout doucement de s’écrouler, quelques masures décapitées et noircies par l’incendie, quelques piliers isolés qui étaient restés debout, épargnés par la catastrophe et qui se penchaient mélancoliquement vers le sol, tristes de n’avoir plus rien à soutenir. Quel silence autour de moi! Avec mille précautions, j’ai parcouru ces ruines, considérant avec effroi la profondeur des crevasses que, près de là, la secousse de 1887 avait ouvertes dans le roc. L’une particulièrement paraissait un puits sans fond et, comme j’étais penché au-dessus d’elle, me retenant au tronc noirci d’un olivier, je fus presque bousculé par un coup d’aile. J’en sentis le vent sur la figure et je reculai en poussant un cri. Un aigle venait de sortir, rapide comme une flèche, de cet abîme. Il monta droit au soleil, et puis je le vis redescendre vers moi et décrire des cercles menaçants au-dessus de ma tête, poussant des clameurs sauvages comme pour me reprocher d’être venu le troubler dans ce royaume de solitude et de mort que le feu de la terre lui avait do

Avais-je été victime d’une illusion? Je ne revis plus mes deux ombres… Étais-je encore le jouet de mon imagination, en ramassant sur le chemin un morceau de papier à lettre qui me parut ressembler singulièrement à celui dont M. Robert Darzac se servait à la Sorbo

Sur ce bout de papier je déchiffrai deux syllabes que je pensai avoir été tracées par Brignolles. Ces syllabes devaient terminer un mot dont le commencement manquait. À cause de la déchirure on ne pouvait plus lire que «bo

Deux heures plus tard, je rentrais au fort d’Hercule et racontai le tout à Rouletabille qui se borna à mettre le morceau de papier dans son portefeuille et à me prier de garder le secret de mon expédition pour moi tout seul.

Éto

«Rouletabille!» m’écriai-je…

Mais, encore, il me ferma la bouche:

«Silence! Sainclair!»

Je lui pris la main; il avait la fièvre. Et je pensai bien que cette agitation ne lui venait point seulement de préoccupations relatives à Larsan. Je lui reprochai de me cacher ce qui se passait entre lui et la Dame en noir, mais il ne me répondit pas, suivant sa coutume, et s’éloigna une fois de plus en poussant un profond soupir.

On m’avait attendu pour dîner. Il était tard. Le dîner fut lugubre malgré les éclats de la gaieté du vieux Bob. Nous n’essayions même plus de nous dissimuler l’atroce angoisse qui nous glaçait le cœur. On eût dit que chacun de nous était renseigné sur le coup qui nous menaçait et que le drame pesait déjà sur nos têtes. M. et Mme Darzac ne mangeaient pas. Mrs. Edith me regardait d’une singulière façon. À dix heures, j’allai prendre ma faction, avec soulagement, sous la poterne du jardinier. Pendant que j’étais dans la petite salle du conseil, la Dame en noir et Rouletabille passèrent sous la voûte. Un falot les éclairait. Mme Darzac m’apparut dans un état d’exaltation remarquable. Elle suppliait Rouletabille avec des mots que je ne saisissais pas. Je n’entendis de cette sorte d’altercation qu’un seul mot prononcé par Rouletabille: «Voleur!»… Tous deux étaient entrés dans la Cour du Téméraire… La Dame en noir tendit vers le jeune homme des bras qu’il ne vit pas, car il la quitta aussitôt et s’en fut s’enfermer dans sa chambre… Elle resta seule un instant, dans la cour, s’appuya au tronc de l’eucalyptus dans une attitude de douleur inexprimable, puis rentra à pas lents dans la Tour Carrée.