Страница 29 из 76
Je ne saurais dire ce que le vieux Bob aperçut, dans ce moment-là, dans la tête des troglodytes, car je ne l’écoutais plus, mais je le regardais. Et je n’avais plus envie de rire du tout. Le vieux Bob me parut effrayant, farouche, factice comme un vieux cabot, avec sa gaieté en fer-blanc et sa science de pacotille. Je ne le quittai plus des yeux. Il me sembla que ses cheveux remuaient! Oui, comme remue une perruque. Une pensée, la pensée de Larsan qui ne me quittait plus jamais complètement m’embrasa la cervelle; j’allais peut-être parler quand un bras se glissa sous le mien, et je fus entraîné par Rouletabille.
«Qu’avez-vous, Sainclair?… me demanda, sur un ton affectueux, le jeune homme.
– Mon ami, fis-je, je ne vous le dirai point, car vous vous moqueriez encore de moi…»
Il ne me répondit pas tout d’abord et m’entraîna vers le boulevard de l’Ouest. Là, il regarda autour de lui, vit que nous étions seuls, et me dit:
«Non, Sainclair, non… Je ne me moquerai point de vous… Car vous êtes dans la vérité en le voyant partout autour de vous. S’il n’y était point tout à l’heure, il y est peut-être maintenant… Ah! il est plus fort que les pierres!… Il est plus fort que tout!… Je le redoute moins dehors que dedans!… Et je serais bien heureux que ces pierres que j’ai appelées à mon secours pour l’empêcher d’entrer m’aident à le retenir… Car, Sainclair, JE LE SENS ICI!»
Je serrai la main de Rouletabille, car moi aussi, chose singulière, j’avais cette impression… Je sentais sur moi les yeux de Larsan… Je l’entendais respirer… Quand cette sensation avait-elle commencé? Je n’aurais pu le dire… Mais il me semblait qu’elle m’était venue avec le vieux Bob.
Je dis à Rouletabille, avec inquiétude:
«Le vieux Bob?»
Il ne me répondit pas. Au bout de quelques instants, il fit:
«Prenez-vous toutes les cinq minutes la main gauche avec la main droite et demandez-vous: «Est-ce toi, Larsan?» Quand vous vous serez répondu, ne soyez pas trop rassuré, car il vous aura peut-être menti et il sera déjà dans votre peau que vous n’en saurez rien encore!»
Sur quoi, Rouletabille me laissa seul sur le boulevard de l’Ouest. C’est là que le père Jacques vint me trouver. Il m’apportait une dépêche. Avant de la lire, je le félicitai sur sa bo
Je ne me pressais point d’ouvrir cette dépêche que le père Jacques m’avait apportée et j’avais tort, car elle me parut extraordinairement intéressante dès le premier coup d’œil que j’y portai. Mon ami de Paris qui, sur ma prière, m’avait déjà renseigné sur Brignolles m’apprenait que ledit Brignolles avait quitté Paris la veille au soir pour le midi. Il avait pris le train de dix heures trente-cinq minutes du soir. Mon ami me disait qu’il avait des raisons de croire que Brignolles avait pris un billet pour Nice.
Qu’est-ce que Brignolles venait faire à Nice? C’est une question que je me posai et que, dans un sot accès d’amour-propre, que j’ai bien regretté depuis, je ne soumis point à Rouletabille. Celui-ci s’était si bien moqué de moi lorsque je lui avais montré la première dépêche m’a
J’en profitai pour quitter le château sans avertir perso
À Nice, dissimulé derrière une vitre du buffet, je guettai l’arrivée du train de Paris dans lequel pouvait se trouver Brignolles. Et, justement, je vis descendre mon Brignolles! Ah! mon cœur battait ferme, car enfin ce voyage dont il n’avait point fait part à M. Darzac ne me paraissait rien moins que naturel! Et puis, je n’avais pas la berlue: Brignolles se cachait. Brignolles baissait le nez. Brignolles se glissait, rapide comme un voleur, parmi les voyageurs, vers la sortie. Mais j’étais derrière lui. Il sauta dans une voiture fermée, je me précipitai dans une voiture non moins fermée. Place Masséna, il quitta son fiacre, se dirigea vers la jetée-promenade et là, prit une autre voiture; je le suivais toujours. Ces manœuvres me paraissaient de plus en plus louches. Enfin la voiture de Brignolles s’engagea sur la route de la corniche et, prudemment, je pris le même chemin que lui. Les nombreux détours de cette route, ses courbes accentuées me permettaient de voir sans être vu. J’avais promis un fort pourboire à mon cocher s’il m’aidait à réaliser ce programme, et il s’y employa le mieux du monde. Ainsi arrivâmes-nous à la gare de Beaulieu. Là, je fus bien éto