Страница 28 из 76
Quand Arthur Rance s’était trouvé en face du dernier squelette découvert dans la Barma Grande ainsi que des fémurs de l’Elephas antiquus sortis de la même couche de terrain, il avait été transporté d’enthousiasme, et son premier soin avait été de télégraphier au vieux Bob que l’on avait peut-être enfin découvert à quelques kilomètres de Monte-Carlo ce qu’il cherchait, au prix de mille périls, depuis tant d’a
La gaieté du vieux Bob nous paraît un peu théâtrale, mais c’est là, sans doute, un effet de notre triste humeur de la veille. Le vieux Bob a une âme d’enfant; et il est coquet comme une vieille femme, c’est-à-dire que sa coquetterie change rarement d’objet et qu’ayant, une fois pour toutes, adopté un costume sévère, de préférence correct (redingote noire, gilet noir, pantalon noir, cheveux blancs, joues roses), elle s’attache uniquement à en perpétuer l’impressio
Mrs. Edith nous le présenta et il poussa un gloussement poli, et puis il se reprit à rire de toute sa large bouche qui allait de l’un à l’autre de ses favoris poivre et sel qu’il avait soigneusement taillés en triangles. Le vieux Bob exultait et nous en apprîmes bientôt la raison. Il rapportait de sa visite au Muséum de Paris la certitude que le squelette de la Barma Grande n’était point plus ancien que celui qu’il avait rapporté de sa dernière expédition à la Terre de Feu. Tout l’Institut était de cet avis et prenait pour base de ses raiso
«Ainsi, mon squelette date de l’ours des cavernes!… Mais celui des Baoussé-Roussé! Oh! là là! mes enfants! tout au plus de l’époque du mammouth… et encore! non, non!… du rhinocéros à narines cloiso
Mrs. Edith eut la cruauté d’interrompre la jubilation du vieux Bob en lui a
Mrs. Edith n’avait pas plutôt prononcé cette phrase que toute la gaieté du vieux Bob s’écroula; une fureur souveraine se répandit sur ses traits ravagés et il cria:
«Ça n’est pas vrai!… Le plus vieux crâne de l’humanité, il est au vieux Bob! C’est le crâne du vieux Bob!»
Et il hurla:
«Mattoni! Mattoni! fais apporter ma malle, ici!… ici!…»
Justement Mattoni traversait la Cour de Charles le Téméraire avec le bagage du vieux Bob sur son dos. Il obéit au professeur et apporta la malle devant nous. Sur quoi le vieux Bob, prenant son trousseau de clefs, se jeta à genoux et ouvrit la caisse. De cette caisse, qui contenait des effets et du linge pliés avec beaucoup d’ordre, il sortit un carton à chapeau et, de ce carton à chapeau, il sortit un crâne qu’il déposa au milieu de la table, parmi nos tasses à café.
«Le plus vieux crâne de l’humanité, dit-il, le voilà!… C’est le crâne du vieux Bob!… Regardez-le!… C’est lui! Le vieux Bob ne sort jamais sans son crâne!…»
Et il le prit et se mit à le caresser, les yeux brillants et ses lèvres épaisses écartées à nouveau par le rire. Si vous voulez bien vous représenter que le vieux Bob savait imparfaitement le français et le prononçait mi à l’anglaise, mi à l’espagnole – il parlait parfaitement l’espagnol – vous voyez et vous entendez la scène! Rouletabille et moi, nous n’en pouvions plus et nous nous tenions les côtes de rire. D’autant mieux que, dans ses discours, le vieux Bob s’interrompait lui-même de rire pour nous demander quel était l’objet de notre gaieté. Sa colère eut auprès de nous plus de succès encore, et il n’est pas jusqu’à Mme Darzac qui ne s’essuyât les yeux, parce que, en vérité, le vieux Bob était drôle à faire pleurer avec son plus vieux crâne de l’humanité. Je pus constater à cette heure où nous prenions le café qu’un crâne de deux cent mille ans n’est point effrayant à voir, surtout si, comme celui-là, il a toutes ses dents.
Soudain le vieux Bob devint sérieux. Il éleva le crâne dans la main droite et, l’index de la main gauche appuyé au front de l’ancêtre:
«Lorsqu’on regarde le crâne par le haut, on note une forme pentagonale très nette, qui est due au développement notable des bosses pariétales et à la saillie de l’écaille de l’occipital! La grande largeur de la face tient au développement exagéré des accords zygomatiques!… Tandis que, dans la tête des troglodytes des Baoussé-Roussé, qu’est-ce que j’aperçois?…»