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– Il est au moins consolant de retrouver quelques bons sentiments naturels plus forts que la dépravation.

– Sans doute, car ces femmes sont capables de dévouements qui, ho

– Elles ont donc un sentiment profond de leur abjection?

– On ne les méprise jamais autant qu’elles se méprisent elles-mêmes… Chez quelques-unes dont le repentir est sincère, cette tache originelle du vice reste ineffaçable à leurs yeux, lors même qu’elles se trouvent dans une condition meilleure; d’autres devie

– Si cela est, en effet, quel supplice pour elle! Un remords que rien ne peut calmer!

– Heureusement, madame, pour l’ho

– De la Goualeuse?

– Oui, madame.

– Et comment donc cela?

– Assez souvent, lorsque les priso

– Ah! quelle horreur!…

– Je l’avoue, toute stupide qu’était cette attaque, elle me fit mal… La Louve s’en aperçut et triompha. Ce soir-là, vers minuit, j’allai faire inspection dans les dortoirs; j’arrivai près du lit de la Louve, qui ne devait être mise en cellule que le lendemain matin; je fus frappée, je dirai presque de la douceur de sa physionomie, comparée à l’expression dure et insolente qui lui était habituelle; ses traits semblaient suppliants, pleins de tristesse et de contrition; ses lèvres étaient à demi ouvertes, sa poitrine oppressée; enfin, chose qui me parut incroyable… car je la croyais impossible, deux larmes, deux grosses larmes coulaient des yeux de cette femme au caractère de fer!… Je la contemplais en silence depuis quelques minutes, lorsque je l’entendis prononcer ces mots: «Pardon… pardon!… sa mère!…» J’écoutais plus attentivement, mais tout ce que je pus saisir au milieu d’un murmure presque inintelligible, fut mon nom… Mme Armand… prononcé avec un soupir.

– Elle se repentait pendant son sommeil d’avoir injurié votre mère…

– Je l’ai cru… et cela m’a rendue moins sévère. Sans doute, aux yeux de ses compagnes elle avait voulu, par une déplorable vanité, exagérer encore sa grossièreté naturelle; peut-être un bon instinct la faisait se repentir pendant son sommeil.

– Et le lendemain, vous témoigna-t-elle quelque regret de sa conduite passée?

– Aucun; elle se montra, comme toujours, grossière, farouche et emportée. Je vous assure pourtant, madame, que rien ne dispose plus à la pitié que ces observations dont je vous parle. Je me persuade, illusion peut-être! que pendant leur sommeil ces infortunées redevie

Mme d’Harville ne pouvait cacher sa surprise de trouver tant de bon sens, tant de haute raison joints à des sentiments d’humanité si élevés, si pratiques, chez une obscure inspectrice de filles perdues.

– Mon Dieu, madame, reprit Clémence, vous avez une telle manière d’exercer vos tristes fonctions qu’elles doivent être pour vous des plus intéressantes. Que d’observations, que d’études curieuses, mais surtout que de bien vous pouvez, vous devez faire!

– Le bien est très-difficile à obtenir: ces femmes ne restent ici que peu de temps; il est donc difficile d’agir très-efficacement sur elles; il faut se borner à semer… dans l’espoir que quelques-uns de ces bons germes fructifieront un jour… Parfois cet espoir se réalise.

– Mais il vous faut, madame, un grand courage, une grande vertu pour ne pas reculer devant l’ingratitude d’une tâche qui vous do

– La conscience de remplir un devoir soutient et encourage; puis quelquefois on est récompensé par d’heureuses découvertes: ce sont çà et là quelques éclaircies dans des cœurs que l’on aurait crus tout d’abord absolument ténébreux.

– Il n’importe; les femmes comme vous doivent être bien rares, madame.

– Non, non, je vous assure; ce que je fais, d’autres le font avec plus de succès et d’intelligence que moi… Une des inspectrices de l’autre quartier de Saint-Lazare, destinée aux prévenues de différents crimes, vous intéresserait bien davantage… Elle me racontait ce matin l’arrivée d’une jeune fille prévenue d’infanticide. Jamais je n’ai rien entendu de plus déchirant… Le père de cette malheureuse, un ho

– La rue du Temple! s’écria Mme d’Harville éto

– Sa fille s’appelle Louise Morel…

– C’est bien cela…

– Elle était au service d’un homme respectable, M. Jacques Ferrand, notaire.