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C’était le cadavre d’un vieillard.

Il le souleva au-dessus du balcon, le balança un instant dans le vide, et le jeta aux pieds de son maître. Le bruit sourd de la chute, les flots de sang qui jaillirent du corps et diaprèrent au loin le pavé, frappèrent d’épouvante jusqu’au duc lui-même; mais ce sentiment dura peu, et la curiosité fit que chacun s’avança de quelques pas, et que la lueur d’un flambeau vint trembler sur la victime. On distingua alors une barbe blanche, un visage vénérable, et des mains raidies par la mort.

– L’amiral, s’écrièrent ensemble vingt voix qui ensemble se turent aussitôt.

– Oui, l’amiral. C’est bien lui, dit le duc en se rapprochant du cadavre pour le contempler avec une joie silencieuse.

– L’amiral! l’amiral! répétèrent à demi-voix tous les témoins de cette terrible scène, se serrant les uns contre les autres, et se rapprochant timidement de ce grand vieillard abattu.

– Ah! te voilà donc, Gaspard! dit le duc de Guise triomphant; tu as fait assassiner mon père, je le venge! Et il osa poser le pied sur la poitrine du héros protestant.

Mais aussitôt les yeux du mourant s’ouvrirent avec effort, sa main sanglante et mutilée se crispa une dernière fois, et l’amiral, sans sortir de son immobilité, dit au sacrilège d’une voix sépulcrale:

– Henri de Guise, un jour aussi tu sentiras sur ta poitrine le pied d’un assassin. Je n’ai pas tué ton père. Sois maudit!

Le duc, pâle et tremblant malgré lui, sentit un frisson de glace courir par tout son corps; il passa la main sur son front comme pour en chasser la vision lugubre; puis, quand il la laissa retomber, quand il osa reporter la vue sur l’amiral, ses yeux s’étaient refermés, sa main était redevenue inerte, et un sang noir épanché de sa bouche sur sa barbe blanche avait succédé aux terribles paroles que cette bouche venait de prononcer.

Le duc releva son épée avec un geste de résolution désespérée.

– Eh bien, monsir, lui dit Besme, êtes-fous gontent?

– Oui, mon brave, oui, répliqua Henri, car tu as vengé…

– Le dugue François, n’est-ce pas?

– La religion, reprit Henri d’une voix sourde. Et maintenant, continua-t-il en se retournant vers les Suisses, les soldats et les bourgeois qui encombraient la cour et la rue, à l’œuvre, mes amis, à l’œuvre!

– Eh! bonjour, monsieur de Besme, dit alors Coco

– C’est donc vous qui l’avez expédié? cria La Hurière en extase; comment avez-vous fait cela, mon digne gentilhomme?

– Oh! pien zimblement, pien zimblement: il avre entendu tu pruit, il avre oufert son borte, et moi ly avre passé mon rapir tans le corps à lui. Mais ce n’est bas le dout, che grois que le Téligny en dient, che l’endens grier.

En ce moment, en effet, quelques cris de détresse qui semblaient poussés par une voix de femme se firent entendre; des reflets rougeâtres illuminèrent une des deux ailes formant galerie. On aperçut deux hommes qui fuyaient poursuivis par une longue file de massacreurs. Une arquebusade tua l’un; l’autre trouva sur son chemin une fenêtre ouverte, et, sans mesurer la hauteur, sans s’inquiéter des e

– Tuez! tuez! crièrent les assassins en voyant leur victime prête à leur échapper.

L’homme se releva en ramassant son épée, qui, dans sa chute, lui était échappée des mains, prit sa course tête baissée à travers les assistants, enculbuta trois ou quatre, en perça un de son épée, et au milieu du feu des pistolades, au milieu des imprécations des soldats furieux de l’avoir manqué, il passa comme l’éclair devant Coco

– Touché! cria le Piémontais en lui traversant le bras de sa lame fine et aiguë.

– Lâche! répondit le fugitif en fouettant le visage de son e

– Oh! mille démons! s’écria Coco

– Monsieur de la Mole! répétèrent La Hurière et Maurevel.

– C’est celui qui a prévenu l’amiral! crièrent plusieurs soldats.

– Tue! tue!… hurla-t-on de tous côtés. Coco

– Qui est là?murmura une voix de femme.

– Oh! mon Dieu! mon Dieu! murmura La Mole, ils vie

– Qui vous? reprit la voix. La Mole se rappela le mot d’ordre.

– Navarre! Navarre! cria-t-il. Aussitôt la porte s’ouvrit. La Mole, sans voir, sans remercier Gillo