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Je me laissais donc aller sans trop d'inquiétude car, je l'ai dit, mon père ne do

«Dis-moi, elle a terriblement embelli, Elsa.

– L'amour lui réussit», dis-je. Il me jeta un regard éto

«Tu semblés prendre ça mieux...

– Que veux-tu, dis-je. Ils ont le même âge, c'était un peu fatal.

– S'il n'y avait pas eu A

II était furieux.

«Tu ne t'imagines pas qu'un galopin me prendrait une femme si je n'y consentais pas...

– L'âge joue quand même», dis-je gravement.

Il haussa les épaules. Au retour, je le vis préoccupé: il pensait peut-être qu'effectivement Elsa était jeune et Cyril aussi; et qu'en épousant une femme de son âge, il échappait à cette catégorie des hommes sans date de naissance dont il faisait partie. J'eus un involontaire sentiment de triomphe. Quand je vis chez A

Une semaine passa. Cyril et Elsa, ignorants de la marche de leurs affaires, devaient m'attendre chaque jour. Je n'osais pas y aller, ils m'auraient encore extorqué des idées et je n'y tenais pas. D'ailleurs, l'après-midi je montais dans ma chambre, soi-disant pour y travailler. En fait, je n'y faisais rien: j'avais trouvé un livre Yoga et m'y attelais avec grande conviction, prenant parfois toute seule des fous rires terribles et silencieux car je craignais qu'A

Un après-midi, je m'étais enveloppée de serviettes de bain pour avoir l'air plus hindou, j'avais posé mon pied droit sur ma cuisse gauche et je me regardais fixement dans la glace, non avec complaisance mais dans l'espoir d'atteindre l'état supérieur du Yogi, lorsqu'on frappa. Je supposai que c'était la femme de chambre et comme elle ne s'inquiétait 'de rien, je lui criai d'entrer.

C'était A

– Au Yoga, dis-je. Mais cen'est pas un jeu, c'est une philosophie hindoue.»

Elle s'approcha de la table et prit mon livre. Je commençai à m'inquiéter. Il était ouvert à la page cent et les autres pages étaient couvertes d'inscriptions de ma main telles que «impraticable»ou «épuisant». «Vous êtes bien consciencieuse, dit-elle. Et cette fameuse dissertation sur Pascal dont vous nous avez tant parlé, qu'est-elle devenue?»

II était vrai qu'à table, je m'étais plu à disserter sur une phrase de Pascal en faisant semblant d'y avoir réfléchi et travaillé. Je n'en avais jamais écrit un mot, naturellement. Je restai immobile. A

«Que vous ne travailliez pas et fassiez le pantin devant la glace, c'est votre affaire! dit-elle. Mais que vous vous complaisiez à nous mentir ensuite à votre père et moi-même, c'est plus fâcheux. D'ailleurs, vos subites activités intellectuelles m'éto

Elle sortit et je restai pétrifiée dans mes serviettes de bain; je ne comprenais pas qu'elle appelât ça «mensonges». J'avais parlé de dissertations pour lui faire plaisir et, brusquement, elle m'accablait de son mépris. Je m'étais habituée à sa nouvelle attitude envers moi et la forme calme, humiliante de son dédain me transportait de colère. Je quittai mon déguisement, passai un pantalon, un vieux chemisier et sortis en courant. La chaleur était torride mais je me mis à courir, poussée par une sorte de rage, d'autant plus violente que je n'étais pas sûre de ne pas avoir honte. Je courus jusque chez Cyril, m'arrêtai sur le seuil de la villa, haletante. Dans la chaleur de l'après-midi, les maisons semblaient étrangement profondes, silencieuses et repliées sur leurs secrets. Je montai jusqu'à la chambre de Cyril; il me l'avait montrée le jour que nous étions allés voir sa mère. J'ouvris la porte: il dormait, étendu en travers de son lit, la joue sur son bras. Je le regardai, une minute: pour la première fois, il m'apparaissait désarmé et attendrissant; je l'appelai à voix basse; il ouvrit les yeux et se redressa aussitôt en me voyant:

«Toi? Comment es-tu ici?»

Je lui fis signe de ne pas parler si fort; si sa mère arrivait et me trouvait dans la chambre de son fils, elle pourrait croire... et d'ailleurs qui ne croirait pas... Je me sentis prise de panique et me dirigeai vers la porte.

«Mais où vas-tu? cria Cyril. Reviens... Cécile.»

II m'avait rattrapée par le bras et me retenait en riant. Je me retournai vers lui et le regardai; il devint pâle comme je devais l'être moi-même et lâcha mon poignet. Mais ce fut pour me reprendre aussitôt dans ses bras et m'entraîner. Je pensais confusément: cela devait arriver, cela devait arriver. Puis ce fut la ronde de l'amour: la peur qui do

Je restai près de lui une heure, étourdie et éto

Je revins à pas lents, épuisée et engourdie, dans les pins; j'avais demandé à Cyril de ne pas m'accompagner, c'eût été trop dangereux. Je craignais que l'on pût lire sur mon visage les signatures éclatantes du plaisir, en ombres sous mes yeux, en relief sur ma bouche, en tremblements. Devant la maison, sur une chaise longue, A

Je pris une cigarette sur la table, frottai une allumette sur la boîte. Elle s'éteignit. J'en allumai une seconde avec précaution car il n'y avait pas de vent et seule, ma main tremblait. Elle s'éteignit aussitôt contre ma cigarette. Je grognai et en pris une troisième. Et alors, je ne sais pourquoi, cette allumette prit pour moi une importance vitale. Peut-être parce qu'A