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Je me rejetai sur le sable avec violence, j'appuyai ma joue sur la douceur chaude de la plage, je soupirai, je tremblai un peu. La main d'A

«Ne vous compliquez pas la vie, dit-elle. Vous qui étiez si contente et si agitée, vous qui n'avez pas de tête, vous devenez cérébrale et triste. Ce n'est pas un perso

– Je sais, dis-je. Moi, je suis le jeune être inconscient et sain, plein de gaieté et de stupidité.

– Venez déjeuner», dit-elle.

Mon père s'était éloigné, il détestait ce genre de discussions; dans le chemin, il me prit la main et la garda. C'était une main dure et réconfortante: elle m'avait mouchée à mon premier chagrin d'amour, elle avait tenu la mie

Deux jours passèrent: je tournais en rond, je m'épuisais. Je ne pouvais me libérer de cette hantise: A

Un après-midi, la femme de chambre frappa à ma porte et m'avertit d'un air mystérieux qu' «il y avait quelqu'un en bas». Je pensai aussitôt à Cyril. Je descendis, mais ce n'était pas lui. C'était Elsa. Elle me serra les mains avec effusion. Je la regardai et je m'éto

«Je suis venue prendre mes valises, dit-elle. Juan m'a acheté quelques robes ces jours-ci, mais ce n'était pas suffisant.»

Je me demandai un instant qui était Juan et passai outre. J'avais plaisir à retrouver Elsa: elle transportait avec elle une ambiance de femme entretenue, de bars, de soirées faciles qui me rappelaient des jours heureux. Je lui dis que j'étais contente de la revoir et elle m'assura que nous nous étions toujours bien entendues car nous avions des points communs. Je dissimulai un léger frisson et lui proposai de monter dans ma chambre, ce qui lui éviterait de rencontrer mon père et A

Dans ma chambre, je l'écoutai parler avec force éclats de la vie mondaine et grisante qu'elle avait menée sur la côte. Je sentais confusément se lever en moi des idées curieuses qu'inspirait en partie son nouvel aspect. Enfin elle s'arrêta d'elle-même, peut-être à cause de mon silence, fit quelques pas dans la chambre et, sans se retourner, me demanda d'une voix détachée si «Raymond était heureux». J'eus l'impression de marquer un point, et je compris aussitôt pourquoi. Alors, des foules de projets se mélangèrent dans ma tête, des plans se dressèrent, je me sentis succomber sous le poids de mes arguments. Aussi rapidement, je sus ce qu'il fallait lui dire:

– «Heureux», c'est beaucoup dire! A

– Très! soupira Elsa.

– Vous ne devinerez jamais ce qu'elle l'a décidé à faire... Elle va l'épouser...»

Elsa tourna vers moi un visage horrifié: «L'épouser? Raymond veut se marier, lui?

– Oui, dis-je, Raymond va se marier.» Une brusque envie de rire me prenait à la gorge. Mes mains tremblaient. Elsa semblait désemparée, comme si je lui avais porté un coup. Il ne fallait pas la laisser réfléchir et déduire qu'après tout, c'était de son âge et qu'il ne pouvait passer sa vie avec des demi-mondaines. Je me penchai en avant et baissai soudain la voix pour l'impressio

«II ne faut pas que cela se fasse, Elsa. Il souffre déjà. Ce n'est pas une chose possible, vous le comprenez bien.

– Oui», dit-elle.

Elle paraissait fascinée, cela me do

«Je vous attendais, repris-je. Il n'y a que vous qui soyez de taille à lutter contre A

Manifestement, elle ne demandait qu'à me croire.

«Mais s'il l'épouse, c'est qu'il l'aime, objectait-elle.

– Allons, dis-je doucement, c'est vous qu'il aime, Elsa! N'essayez pas de me faire croire que vous l'ignorez.»

Je la vis battre des paupières, se détourner pour cacher le plaisir, l'espoir que je lui do

«Vous comprenez, dis-je, elle lui a fait le coup de l'équilibre conjugal du foyer, de la morale, et elle l'a eu.»

Mes paroles m'accablaient... Car, en somme, c'étaient bien mes propres sentiments que j'exprimais ainsi, sous une forme élémentaire et grossière sans doute, mais ils correspondaient à mes pensées.

«Si le mariage se fait, notre vie à tous trois est détruite, Elsa. Il faut défendre mon père, c'est un grand enfant... Un grand enfant...»

Je répétais «grand enfant» avec énergie. Cela me paraissait un peu trop poussé au mélodrame mais déjà le bel œil vert d'Elsa s'embuait de pitié. J'achevai comme dans un cantique:

«Aidez-moi, Elsa. Je vous le dis pour vous, pour mon père et pour votre amour à tous deux.»

J'achevai in petto:«... et pour les petits Chinois.»

«Mais que puis-je faire? demandait Elsa. Cela me paraît impossible.

– Si vous le croyez impossible, alors renoncez, dis-je avec ce que l'on appelle une voix brisée.

– Quelle garce! murmura Elsa.

– C'est le terme exact», dis-je, et je détournai le visage à mon tour.

Elsa renaissait à vue d'œil. Elle avait été bafouée, elle allait lui montrer, à cette intrigante, ce qu'elle pouvait faire, elle, Elsa Mackenbourg. Et mon père l'aimait, elle l'avait toujours su. Elle-même n'avait pu oublier auprès de Juan la séduction de Raymond. Sans doute, elle ne lui parlait pas de foyer, mais elle, au moins, ne l'e

«Elsa, dis-je, car je ne la supportais plus, vous allez voir Cyril de ma part et lui demander l'hospitalité. Il s'arrangera avec sa mère. Dites-lui que, demain matin, je viendrai le voir. Nous discuterons ensemble tous les trois.»

Sur le pas de la porte, j'ajoutai pour rire:

«C'est votre destin que vous défendez, Elsa.»

Elle acquiesça gravement comme si, des destins, elle n'en avait pas une quinzaine, autant que d'hommes qui l'entretiendraient. Je la regardai partir dans le soleil, de son pas dansant. Je do

Il était trois heures et demie: en ce moment, il devait dormir dans les bras d'A