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Les princes qui voulaient tant savoir ce qu'était une femelle sont désormais fixés. Ils émettent avec ensemble des parfums hostiles signifiant qu'elle ne doit pas rester dans cette pièce.
Elle continue malgré tout à progresser au milieu du tumulte des préparatifs. Elle bouscule tout le monde, disperse à tout va ses phéromones.
327e! 327e! Où es-tu, 327e?
Les princes ne se gênent pas pour lui dire qu'on ne choisit pas comme ça son mâle copulateur! Elle doit être patiente, faire confiance au hasard. Un peu de pudeur…
La 56e femelle finit pourtant par trouver son compagnon. Il est mort. Sa tête a été tranchée net d'un coup de mandibules.
TOTALITARISME: Les fourmis intéressent les hommes, car ils pensent qu'elles sont parvenues à créer un système totalitaire réussi. Il est vrai que de l'extérieur on a l'impression que dans la fourmilière tout le monde travaille, tout le monde obéit, tout le monde est prêt à se sacrifier, tout le monde est pareil. Et pour l'instant les systèmes totalitaires humains ont tous échoué… Alors on pense à copier l'insecte social (l'emblème de Napoléon n'était-il pas l'abeille?). Les phéromones qui inondent la fourmilière d'une information globale, c'est la télévision planétaire d'aujourd'hui. L'homme croit qu'en offrant à tous ce qu'il estime le meilleur, il débouchera un jour sur une humanité parfaite. Ce n'est pas le sens des choses. La nature, n'en déplaise à M. Darwin, n'évolue pas vers la suprématie des meilleurs (selon quels critères, d'ailleurs?). La nature puise sa force dans la diversité. Il lui faut des bons, des méchants, des fous, des désespérés, des sportifs, des grabataires, des bossus, des becs-de-lièvre, des gais, des tristes, des intelligents, des imbéciles, deségoïstes, des généreux, des petits, des grands, des noirs, des jaunes, des rouges, des blancs… Il en faut de toutes les religions, de toutes les philosophies, de tous lesfanatismes, de toutes les sagesses… Le seul danger est que l'une quelconque de ces espèces soit éliminée par une autre. On a vu que les champs de maïs artificiellement conçus par les hommes et composés des frères jumeaux du meilleur épi (celui qui a besoin de moins d'eau, celui qui résiste le mieux au gel, celui qui do
Edmond Wells
Encyclopédie du savoir relatif et absolu.
Elle regagne le dôme à petits pas accablés. Dans un couloir proche du gynécée, ses ocelles infrarouges lui font distinguer deux silhouettes. Ce sont les assassins au parfum de roche! Il y a la grosse et la petite qui boite! Alors qu'elles vie
La princesse hurle des phéromones de colère. Parce que 327e était dangereux pour la sécurité de la Meute? Oui, répondent les deux tueuses. Un jour elle comprendrait, pour l'instant elle était encore jeune… Comprendre, comprendre quoi? Qu'il y a des assassins superorganisés au sein même de la Cité, et qu'ils prétendent la sauver en éliminant des mâles qui ont «vu des choses cruciales pour la survie de la Meute». La boiteuse condescend à s'expliquer. Il ressort de on discours que les guerrières au parfom de roche sont des «soldâtes antimauvais stress». Il y a de bons stress ni font que la Meute progresse et combat. Et il y a de mauvais stress qui font que la Meute s'autodétruit…
Toutes les informations ne sont pas bo
C'est très mauvais pour tous. La Meute se met à produire des toxines qui l'empoiso
Les ante
Les deux soldâtes, toujours flegmatiques, ne relâchent pas leur étreinte. Pour La-chola-kan, tout le monde a déjà oublié; la victoire a apaisé les curiosités. D'ailleurs, il suffit de renifler dans les couloirs, il n'y a pas la moindre odeur de toxine. Toute la Meute est tranquille en cette veille de fête de la Renaissance.
Que lui veulent-elles alors? Pourquoi lui coincent-elles la tête ainsi?
Durant la course-poursuite dans les étages inférieurs, la boiteuse a repéré une troisième fourmi. Une soldate. Quel est son numéro d'identification?
Voilà donc pourquoi elles ne l'ont pas tuée tout de suite! En guise de réponse, la femelle plante profondément ses deux pointes d'ante
stupéfaite, elle lâche à moitié prise.
La femelle court et vole pour aller plus vite.
Ses ailes soulèvent un nuage de poussières qui égare ses poursuivantes. Vite, il lui faut rejoindre le dôme.
Elle vient de frôler la mort. Elle va maintenant commencer une autre vie.
Extrait du discours de pétition contre les fourmilières jouets, prononcé par Edmond Wells devant la commission d'enquête del'Assemblée nationale:
«Hier, j'ai vu dans les magasins cesnouveaux jouets offerts aux enfants pour leur Noël. Ce sont des boîtes en plastiquetransparent, remplies de terre avec six cents fourmis à l'intérieur et la garantie d'unereine féconde.
On les voit travailler, creuser, courir.
Pour un enfant c'est fascinant. C'est commesi on lui offrait une ville. A part que les habitants sont minuscules. Comme descentaines de petites poupées mobiles et douées d'autonomie.
Pour tout avouer, je possède moi-même desemblables fourmilières. Tout simplement parce que, dans le cadre de mon travail debiologiste, je suis amené à les étudier. Je lesai installées dans des aquariums bouchésavec du carton aéré.
Cependant, chaque fois que je me retrouvedevant ma fourmilière, j'ai une impression bizarre. Comme si j'étais omnipotent dans leur monde. Comme si j'étais leur Dieu… Si j'ai envie de les priver de nourriture, mes fourmis mourront toutes; s'il méprend fantaisie d'engendrer la pluie, il me suffit de verser à l'arrosoir le contenu d'un verre sur leur cité; si je décide de leur augmenter la température ambiante, j'ai juste à les installer sur le radiateur; si je veux en kidnapper une pour l'examiner au microscope, je n'ai qu'à prendre mes pincettes et les plonger dans l'aquarium; et si mon caprice est d'en tuer, il n 'y aura aucune résistance. Elles ne comprendront même pas ce qui leur arrive. Je vous le dis, Messieurs, c'est un pouvoir exorbitant qui nous est do