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L’opinion que se faisait le prince de l’état moral et mental de Nastasie Philippovna écartait de son esprit, dans une certaine mesure, beaucoup d’autres incertitudes. C’était maintenant une femme tout à fait différente de celle qu’il avait co
Bien qu’elle mît fin à ses incertitudes, du moins jusqu’à un certain point, cette explication ne lui laissa néanmoins pendant tout ce temps ni trêve ni repos. Parfois il s’efforçait de ne penser à rien. Quant au mariage, il semble bien qu’à ce moment il l’ait en effet envisagé comme une formalité insignifiante; il faisait trop bon marché de sa propre destinée pour en juger autrement. Aux objections et allégations du genre de celles que lui avait faites Eugène Pavlovitch, il n’aurait absolument rien trouvé à répondre, se sentant incompétent en pareille matière; aussi esquivait-il toute conversation de cette nature.
Il remarqua d’ailleurs que Nastasie Philippovna ne savait et ne comprenait que trop bien ce qu’était pour lui Aglaé. Elle n’en parlait pas, mais il avait lu sur son «visage» lorsque parfois elle l’avait surpris (dans les premiers jours) se préparant à aller chez les Epantchine. Après le départ de ceux-ci, elle parut radieuse. Si médiocre observateur et si peu perspicace qu’il fût, il avait été tourmenté à l’idée que Nastasie Philippovna pût prendre le parti de se livrer à quelque scandale, afin d’obliger Aglaé à quitter Pavlovsk. Le bruit et les rumeurs qui couraient dans les villas au sujet du mariage étaient certainement entretenus pour une part par Nastasie Philippovna dans le dessein d’exaspérer sa rivale. Comme il était malaisé de rencontrer les Epantchine, elle fit monter un jour le prince dans sa calèche et do
Durant les jours qui précédèrent le mariage, elle devint toute pensive. Elle finissait toujours par secouer sa tristesse et retrouver sa gaîté, mais cette gaîté était plus posée, moins expansive, moins rayo
La veille du mariage, le prince laissa Nastasie Philippovna dans un état de vif enthousiasme: elle venait de recevoir de sa couturière de Pétersbourg la toilette qu’elle devait porter le lendemain, robe de mariée, coiffure, etc. Le prince ne s’attendait pas à la voir se passio
Telles étaient les pensées dans lesquelles elle était plongée à onze heures du soir, quand le prince la quitta. Mais minuit n’avait pas encore so
– Qu’est-ce que je fais! Qu’est-ce que je fais! Qu’est-ce que je fais de toi! s’écriait-elle en embrassant convulsivement ses pieds.
Le prince resta pendant toute une heure auprès d’elle; nous ignorons ce qu’ils se dirent. Daria Aléxéïevna raconta qu’au bout de cette heure ils se séparèrent en termes affectueux et l’air heureux. Le prince envoya encore une fois dans la nuit prendre des nouvelles de sa fiancée, mais celle-ci était déjà endormie. Le matin, avant son réveil, deux envoyés du prince se présentèrent encore chez Daria Aléxéïevna; un troisième leur succéda qu’on chargea de rapporter ceci: «Nastasie Philippovna est entourée en ce moment d’un véritable essaim de modistes et de coiffeurs venus de Pétersbourg; elle ne se ressent plus de la crise d’hier; elle est occupée de ses atours comme peut l’être une pareille beauté au moment de se marier; en cet instant précisément, elle tient un conseil extraordinaire pour convenir des diamants dont elle doit se parer et de la manière dont elle les disposera». Le prince fut complètement rassuré.
Le cours des incidents auxquels le mariage do
La cérémonie nuptiale devait avoir lieu à huit heures du soir. Nastasie Philippovna était prête depuis sept heures. Dès six heures, des groupes de flâneurs commencèrent à s’amasser autour de la villa de Lébédev et, plus encore, près de la maison de Daria Aléxéïevna. Vers sept heures l’église commença aussi à se remplir. Véra Lébédev et Kolia éprouvaient de vives appréhensions pour le prince; ils avaient cependant beaucoup à faire à la maison, ayant été chargés de disposer son appartement pour la réception et la collation. Aucune réunion n’était, à vrai dire, prévue après la cérémonie religieuse; outre les perso