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Elle rentra à Pavlovsk encore plus irritée qu’elle ne l’était en partant, et elle le montra aussitôt aux siens en disant qu’«ils avaient perdu l’esprit», que perso
La conclusion était qu’il fallait se calmer, envisager froidement la situation et patienter. Mais hélas! le calme ne dura pas dix minutes. Le récit de ce qui était arrivé pendant que la maman était allée au Kame
Un quart d’heure après son départ, cette dernière était brusquement redescendue de l’étage supérieur sur la terrasse; sa précipitation avait été telle qu’elle n’avait pas même pris le temps de s’essuyer les yeux, où se voyaient des traces de larmes. Elle était accourue parce que Kolia venait d’apporter un hérisson. Toutes se mirent à regarder le petit animal; sur une question, Kolia leur expliqua qu’il ne lui appartenait pas, mais que son camarade Kostia Lébédev, un autre collégien, et lui l’avaient acheté, en même temps qu’une hache, à un paysan qu’ils avaient rencontré. Kostia était resté dans la rue parce qu’il n’avait pas osé entrer avec sa hache. Le paysan ne voulait d’abord vendre que le hérisson et en avait demandé cinquante kopeks, mais ils l’avaient persuadé de se défaire aussi de sa hache, qui pouvait leur être utile et était d’ailleurs fort bien conditio
Aglaé se mit à supplier Kolia de lui vendre tout de suite le hérisson; elle insista tellement qu’elle alla jusqu’à l’appeler «cher Kolia». Celui-ci résista longtemps, mais à la fin, n’y pouvant tenir, il héla Kostia Lébédev qui monta, sa hache à la main, d’un air très gêné, alors on apprit soudain que le hérisson ne leur appartenait nullement, mais était la propriété d’un troisième collégien, Pétrov, qui leur avait confié une petite somme pour acheter l’Histoire de Schlosser [59], dont un quatrième collégien à court d’argent cherchait à se défaire à bas prix. Partis en quête de ce livre ils s’étaient laissé tenter chemin faisant et avaient acheté le hérisson, de sorte qu’à la place de l’histoire de Schlosser ils rapportaient à Pétrov l’animal et la hache. Mais Aglaé insista avec tant d’opiniâtreté qu’ils finirent par céder et lui vendirent le hérisson. À peine en eut-elle pris possession qu’elle l’installa, avec l’aide de Kolia, dans une corbeille tressée, le recouvrit d’une serviette et chargea le collégien de le porter de sa part sans délai chez le prince en priant celui-ci d’agréer ce présent «en témoignage de sa profonde estime». Kolia accepta avec bo
Ces nouvelles bouleversèrent Elisabeth Prokofievna. Il n’y avait guère de quoi, semblait-il. Mais tel était son état d’esprit qu’il lui faisait voir les choses autrement. Son inquiétude était excitée au plus haut point et ce qui l’avivait surtout, c’était ce hérisson. Que signifiait-il? N’était-ce pas un signe conventio
Remarquons entre parenthèses que le général était dans le vrai. Rentré chez lui après avoir été bafoué et chassé par Aglaé, le prince s’abando
– Que nous sommes encore enfants, Kolia! Et… et… que c’est bon d’être enfant! finit-il par s’écrier dans son allégresse.
– Elle est simplement amoureuse de vous, prince, voilà tout, répondit Kolia sur un ton d’autorité et d’importance.
Le prince rougit, mais cette fois ne souffla mot. Kolia se mit à rire et à battre des mains; au bout d’un instant le prince partagea sa gaîté et, depuis ce moment jusqu’au soir, il consulta sa montre toutes les cinq minutes pour voir combien de temps s’était écoulé et combien il lui en restait à attendre.
L’état d’âme du moment avait pris le dessus chez Elisabeth Prokofievna; elle ne se contenait plus et était sur le point d’avoir une crise de nerfs. En dépit des objections de son mari et de ses filles elle envoya sur-le-champ chercher Aglaé pour lui poser une dernière question et en recevoir une réponse claire et décisive. «Il faut en finir une fois pour toutes, liquider cette affaire et ne plus avoir à en parler! Sinon – ajouta-t-elle – je ne vivrai pas jusqu’à ce soir!» C’est alors seulement que l’on comprit à quel imbroglio les choses en étaient arrivées. Il fut impossible de tirer d’Aglaé un seul mot: elle simula un profond éto
[59] Frédéric Schlosser (1776-1860), historien allemand, auteur d’une Histoire universelle. – N. d. T.