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V

À vrai dire, Barbe Ardalionovna, en causant avec son frère, avait quelque peu exagéré la précision de ses informations sur les fiançailles du prince avec Aglaé Epantchine. Il se peut qu’en femme perspicace elle ait deviné ce qui devait se passer, dans un proche avenir. Il se peut aussi que, dépitée de voir s’évanouir un rêve (auquel elle-même n’avait en réalité jamais cru), elle n’ait pu se refuser la satisfaction bien humaine d’exagérer ce malheur et de verser une nouvelle goutte de fiel dans le cœur de son frère, bien qu’elle eût pour celui-ci une affection et une sympathie sincères. En tout cas, elle ne pouvait avoir reçu de ses amies, les demoiselles Epantchine, des renseignements aussi précis; tout s’était limité à des allusions, des phrases inachevées, des silences, des énigmes. Peut-être aussi les sœurs d’Aglaé avaient-elles risqué intentio

D’autre part, le prince était peut-être lui aussi dans l’erreur, quoique de bo

Il est toutefois très difficile d’exposer logiquement comment tous les membres de la famille Epantchine eurent, au même moment, la commune pensée qu’un événement capital était advenu dans la vie d’Aglaé et allait décider de son sort. Mais, dès que cette pensée fut entrée dans leur tête, tous convinrent sur-le-champ qu’ils avaient depuis longtemps déjà envisagé et prévu clairement une éventualité devenue évidente depuis l’incident du «chevalier pauvre» et même avant; seulement on se refusait alors à croire pareille absurdité.

C’est ce qu’affirmaient les sœurs d’Aglaé. Il va de soi qu’Elisabeth Prokofievna avait tout prédit et tout compris avant les autres; même «le cœur lui en avait fait mal». Mais, que cette perspicacité lui fût venue depuis longtemps ou peu, le prince n’éveillait plus dans son esprit qu’une idée déplaisante, parce que déroutante pour sa raison. Il y avait ici une question à résoudre immédiatement; or cette question, la malheureuse Elisabeth Prokofievna non seulement ne pouvait pas la trancher, mais encore n’arrivait même pas à se la poser avec netteté. Le cas était délicat: «Le prince était-il ou non un bon parti? L’affaire était-elle bo

Le chef de famille, Ivan Fiodorovitch, commença, bien entendu, par manifester son éto

Là-dessus Ivan Fiodorovitch, à bout d’éloquence, s’arrêta court.

Cette manière de voir de son mari fit sortir Elisabeth Prokofievna de ses gonds. À ses yeux tout ce qui s’était passé était «une sottise impardo

Les sœurs d’Aglaé ne voyaient pas d’un mauvais œil le projet de mariage avec le prince; elles n’y trouvaient même rien de si étrange; bref elles auraient très bien pu embrasser, brusquement le parti de celui-ci, si elles ne s’étaient promis de garder le silence. Une fois pour toutes, on avait remarqué dans l’entourage d’Elisabeth Prokofievna que plus celle-ci mettait d’insistance et d’acharnement à combattre un projet familial en discussion, plus on était fondé à la croire déjà éventuellement acquise à ce projet.

Alexandra Ivanovna ne pouvait pas ne pas avoir son mot à dire. Depuis longtemps sa mère, habituée à la prendre pour conseillère, s’adressait sans cesse à elle pour faire appel à son avis et surtout à ses souvenirs: «comment les choses en sont-elles venues là? pourquoi perso

Alexandra Ivanovna se tint d’abord sur la réserve et se contenta de remarquer qu’elle était assez de l’avis de son père lorsque celui-ci disait que le mariage d’un prince Muichkine avec une demoiselle Epantchine pourrait être regardé dans le monde comme fort honorable. Peu à peu elle s’enhardit jusqu’à ajouter que le prince n’était nullement un «benêt» et ne l’avait jamais été; quant à sa position sociale, nul ne pouvait prévoir sur quoi l’on jugerait, d’ici quelques a

Cette «vieille dame» écouta toutes les confidences fiévreuses et désespérées d’Elisabeth Prokofievna, mais, loin d’être le moins du monde émue par les larmes et les angoisses maternelles de la visiteuse, elle la regarda d’un air moqueur. Son caractère était singulièrement despotique; elle ne pouvait admettre sur un pied d’égalité les perso

[57] Île de la Néva au nord de Pétersbourg. – N. d. T.

[58] En français dans le texte.