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"Et ce ne peut être à l'ancien Olympe d'Homère qu'il ait foi, car, dans sa Satire des Césars, dont nous parlait Paul de Larisse, notre enfant, j'ai bien peur qu'il n'ait fait la satire des Dieux. Silène et Bacchus n'y sont guère moins ridicules que les Césars faiseurs de poupées (je ne veux pas parler de Claude son aïeul, que Julien a bien traité pour ce motif très naturel qu'il est de son sang); mais les Dieux y sont fort petits auprès de Marc-Aurèle qui leur parle de l'idée, vraie ou fausse, qu'ils sont nourris de la fumée des sacrifices. Il a fait, de la mollesse et de la débauche, des déesses dont la dernière est chrétie
Julien rougit; aucun de nous ne vit cette rougeur avec indifférence, et je compris alors combien il fallait que Libanius eût une intelligence sûre, inébranlable et pénétrante, et quelle force il sentait en lui, pour se résoudre à pousser à bout celui en qui reposaient les destinées du monde. Jean Chrysostome regardait Libanius comme pour demander grâce, Basile avec une tristesse croissante, et Paul de Larisse avec une douleur inexprimable.
Julien avait penché sa tête sur sa main, et son coude était négligemment étendu sur la table. Il rêva, puis il sourit, puis il dit en attachant ses yeux sur les constellations brillantes qui tremblaient derrière les feuilles sombres des cyprès, des lauriers et des cèdres:
"Si le délire est divin et s'il est permis de le regarder comme tel, n'est-ce pas lorsque la mémoire des choses divines que notre âme a co
Pour moi, je puis le dire, j'ai passé ma vie entière à supplier le Dieu souverain et tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, de diriger par des inspirations intimes le cours difficile de ma vie et, souvent, j'ai reçu de lui des visions qui ne m'ont laissé aucun doute sur l'existence des divinités secondaires qui président à nos destinées. Le monde dans son ensemble n'est autre chose qu'un Etre animé, formé d'âme et d'intelligence; mais, entre Dieu et lui, un autre Etre intermédiaire préside à nos destinées, c'est le Soleil-Roi que j'adorai dès mes premiers ans et dont mes yeux ne pouvaient se détacher. Sa présence est notre vie, son absence notre mort; sa nature est simple, pure et sans mélange; il provient d'un seul Dieu, du Dieu créateur, qui est le monde intelligent, et il est le milieu des êtres intellectuels intermédiaires, destiné à les présider, et propre à réunir les deux extrémités de la vaste chaîne par sa qualité conciliante et amie, par sa substance fécondante. Le plus grand, parmi les biens qu'il produit, est la création des Anges solaires. L'un d'eux m'est apparu clairement sous ma tente et dans mon palais pour m'a
– Mon cher Julien, répondit Libanius, le nombre est infini des Chrétiens qui, depuis ton règne, et au moindre signe venu de toi en passant par des milliers de petits pouvoirs nés du tien, ont quitté leur christianisme. Ils l'ont quitté par indifférence, et n'étaient tombés dans cette indifférence que parce que les deux cents sectes et plus encore qui les divisent avaient soumis la nature de leurs Divinités au même creuset où tu viens de faire passer celles de l'Olympe. Toi qui t'es diverti publiquement en faisant venir chez toi les Ariens, les Novatiens, les Donatistes et autres, pour les faire disputer jusques à perdre haleine, te crois-tu bien loin de leur Homoousion, de leur Consubstantialité? Je te crois, en vérité, plutôt possédé à ton insu du sentiment qui t'a fait écrire l'autre jour dans le Misopogon: Je chanterai pour les Muses et pour moi.
C'est vraiment par un sentiment purement poétique que tu t'es exalté, Julien, et il se trouve ainsi que, tandis que tu croyais agir sur la multitude des hommes, tu n'as agi que sur toi-même. Tu t'es pris les pieds dans le filet que tu avais tendu, tu t'es enivré du vin que tu leur avais préparé, tu l'as pris en goût, tu en remplis ta coupe, tu y reviens sans cesse, et tu viens de boire devant nous, mon ami, le nectar de ta Poésie. Nous l'aimons beaucoup aussi, mais en vérité, tu conviendras que tu aurais mieux fait de le laisser couler sur le papyrus pour charmer les siècles futurs, s'il est certain qu'il n'est pas aussi goûté de la multitude que toi, et s'il nous est démontré qu'elle n'en boit pas tant qu'elle le semble faire."
Ici Libanius s'avança sur le bord de la table et, attachant ses yeux sur ceux de Julien, sembla y plonger ses regards comme deux épées.
"Or voici, poursuivit-il, tu as vu sans doute, devant tes vieux soldats, de jeunes patriciens les commander d'une voix incertaine; les hoplites obéissaient aussi d'une incertaine manière, les boucliers ne so
Deux choses auraient pu nous sauver et, lorsque je t'envoyai Paul de Larisse, je les espérais. Les hommes de notre temps auraient pu avoir assez de bo
Ici, nous nous rapprochâmes tous de plus en plus du maître qui parla plus bas dans le silence de la nuit.
"Le Génie de l'Empire n'est point un beau jeune homme tel que tu l'as vu, Julien; c'est une pâle statue dont la cire est molle et, je te le répète, à demi fondue. Et, pour quitter les images dans un si sérieux entretien, ce qui est faible et sans ressource, ce sont nos races trop affaiblies, trop tourmentées d'idées aiguës, subtiles et pénétrantes, trop énervées par trop de poisons délicieux et avidement bus. La santé de l'âme est détruite dans les nations co
Ici Julien fit signe qu'il ne désavouait rien de ces vérités.