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"Je ne sais d'où vient que le premier effet de ton arrivée auprès de Julien a été de le détourner de cet amour des Poètes qu'il égalait par des Poèmes et des chants admirables, et les Muses Ligies pourront bien ne t'avoir pardo
Paul répondit sur-le-champ avec sa brièveté spartiate:
"Julien César n'a-t-il pas écrit, depuis, la Satire des Césars?
– J'entends, reprit Libanius, tu penses que la sagesse philosophique des écrits qu'il a jetés depuis au milieu des combats est supérieure aux chants religieux et aux Poèmes qu'il écrivait dans la solitude de Macella: ce serait à examiner; mais je t'en parle seulement parce que je crois que Julien t'a rendu compte des plus secrets mouvements de son âme, tandis qu'il ne paraissait à nos yeux que par éclairs bien rares, et que ses lettres courtes ne m'ont jamais appris que des résultats et non des causes. Tu vois que ce n'est qu'en sa présence que je te prie de le trahir, et seulement après qu'il te l'aura permis."
Julien était appuyé sur le coude et, le menton sur sa main, écoutait attentivement. Il sourit et fit à Paul un signe de consentement; toutefois son regard était triste et découragé.
Paul de Larisse parut quelque peu éto
"Un jour, Julien me dit de l'aider à brûler tous les Poèmes qu'il avait écrits. Il me les lut. Ils étaient beaux, mais il les brûla."
Libanius, se tournant alors vers Julien:
"N'étais-tu pas quelque peu affligé, lui dit-il, des satires d'Alexandrie ou d'Antioche?
– Je pensai, dit Julien, que c'était le rôle d'une femme de chercher à plaire aux hommes, que c'était une faiblesse que de se surprendre à frémir de leur avoir déplu ou à se réjouir d'en avoir été admiré, et que c'était là obéir et non commander.
– Mais vraiment, reprit Libanius, ne penses-tu pas que le but d'un orateur et d'un philosophe est aussi de séduire les esprits? Les fleurs de ses discours ne sont-elles pas destinées à engourdir la raison avec leurs parfums?
– Du moins, reprit Julien, du moins ont-ils un autre but encore que de plaire, et, s'ils séduisent, c'est pour nous prendre par la main et nous conduire où ils veulent; c'est une sorte d'empire, lent il est vrai, mais un empire enfin.
– Et c'est encore une sujétion, reprit Libanius, puisqu'il dépend des auditeurs de n'écouter ni la parole ni le livre et d'argumenter contre l'orateur. Hélas! irions-nous jusqu'à dire que le seul digne emploi de la force ou de la vertu soit d'exercer le pouvoir suprême? Tu ne l'as pas pensé, car chercher le triomphe du Capitole, c'est encore chercher l'applaudissement du public et la louange aveugle du vulgaire. Tu ne l'as pas pensé, car saisir le pouvoir et l'exercer, ce n'est encore là que le premier pas du statuaire qui saisit son ciseau de fer et son marteau de bois et se place devant le marbre. Le bloc est l'assemblée grossière des hommes dont la forme ne change que sous les coups des grands statuaires. Or, pour concevoir cette forme que tu voulais do
Julien avait replacé son menton et sa barbe légère sur sa main.
"Tu es un habile capitaine, Libanius, dit-il en souriant avec un peu d'amertume, je te vois venir. Tu commences par brûler les villages éloignés et dévaster la campagne, afin de ne rien laisser derrière toi en marchant, pas à pas, vers la forteresse que tu assièges. Il faut bien te laisser faire et je me suis livré à toi. Pour suivre ta pensée, ne trouves-tu donc pas le marbre assez bien taillé et assez promptement modelé?»
Libanius lui serra la main dans les sie
"Ah! cher fils, dit-il, tout ce qu'un homme peut faire, et un grand homme, tu l'as fait. Mais est-ce ta faute si ce marbre est devenu une cire molle qui fond à tous les soleils, reçoit toutes les impressions et se pétrit sous toutes les mains dès que le maître est absent ou mort?»
Julien baissa la tête et ne répondit pas. Comme nous regardions Paul de Larisse, ce jeune homme pensa qu'il était considéré comme responsable et prit la parole.
"Ne suis-je pas en droit de rendre compte, puisque je n'ai pas cessé d'obéir à la première pensée qui me fit partir autrefois avec Basile de ce lieu sacré où nous sommes, pour porter à Julien les paroles de Daphné? Je dirai donc en peu de mots ce qui s'est fait, et vous verrez que nous n'avons pas dévié, mais peut-être vous-mêmes qui nous jugez. – Le cri de Julien devant l'évêque Arien était celui du Chrétien blessé au coeur. Sa croyance était empoiso
Je pensai que Paul avait parlé avec trop d'audace à un homme tel que Libanius et je m'en effrayai pour lui; mais, voyant Libanius sourire, Julien interrompit Paul de Larisse et lui dit avec impatience:
"Eh! ne vois-tu pas que tout ce que tu as raconté est compris dans son image perfide! C'est le filet où il a voulu nous prendre et dans lequel tu tombes. Je n'avais fait là, comme il le dit, que saisir mon ciseau et mon marteau. Mais ici, Libanius, arrêtons-nous et parlons en hommes. N'use point avec moi de la méthode lente de Socrate. Je n'ai que trente-deux ans encore, mais, quelque longue vie qui puisse m'être do
depuis le jour où je suis sorti de Macella, je n'ai vécu, pensé, agi que pour sauver l'Empire, que les Galiléens et leurs folies ont mis à deux doigts de sa perte. Le présent ne m'a pas seulement occupé, mais l'avenir. Une fois éclairé par les évêques eux-mêmes sur l'homme que j'adorais comme Dieu, je n'ai plus considéré que le salut des hommes et les moyens de préserver le monde de l'ignorance qui détruit, en perpétuant la science qui conserve. Je n'ai point interdit les écoles aux Chrétiens, mais j'en ai fondé de nouvelles par tout l'Empire, où l'on pût enseigner aux enfants non seulement Hésiode et Homère, Démosthène, Hérodote et leurs Dieux, mais Platon, mais la morale pure de Marc-Aurèle, et l'enseigner par l'exemple. J'ai jeté pour fondement de cette réforme la réforme des pontifes et des prêtres. J'ai ordo
– Par le ciel, qu'ont dit de plus les Evêques chrétiens, nos anciens amis? s'écria Jean Chrysostome.
– Regarde, dit Basile, en montrant sur la muraille un papyrus très long qui y était déroulé; Libanius a copié de sa main cet édit immortel que tu as écrit pour les temples."
Libanius roulait une boule d'ambre dans sa main et d'abord ne parlait pas; mais, regardant Basile avec ironie:
"Vraiment, dit-il, tu m'as pris en flagrant délit d'admiration et presque de flatterie pour notre cher Julien, et la confusion que cela me cause n'est pas loin de me faire oublier que les pures maximes, les institutions vertueuses, les lois prudentes ne se conservent pas si elles ne sont à l'abri d'un dogme religieux, et que, si Julien les a enfantées, c'est que sans doute il était rempli de la Divinité et s'est senti assez fort pour établir le sentiment de sa foi de manière à la rendre universelle."
Et, comme Julien hésitait à répondre, il continua après avoir attendu un instant: