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Pour moi je me sentis, je l'avoue, un effroi secret en voyant, devant moi, l'Empereur s'abando
Cependant nous étions tous sans voix, et Julien, respirant comme après une longue fatigue de l'esprit et goûtant un peu de paix comme pour la première fois depuis bien des a
"En vérité, je ne vois ici que ce jeune Stoïcien qui puisse parler le premier."
Ce fut alors seulement que Libanius aperçut Paul de Larisse et lui tendit la main. Celui-ci s'avança lentement et mit sa main dans celle du maître qui, voyant sous son manteau entrouvert la saie des serviteurs, dit à Julien:
"Eh! quoi! Paul est-il donc toujours esclave?
– Toujours et pour toujours, dit Paul de Larisse, mais plus libre que lui qui voulait m'affranchir malgré moi. Ma vie n'est pas en moi mais en lui, et je n'ai voulu revenir à toi que lorsqu'il aurait tout accompli pour te voir satisfait."
Une morne consternation était écrite sur les traits de Libanius; ses épais sourcils noirs s'étaient abaissés, sur ses yeux rougis, bien plus avant que de coutume. Ses mains bleues et tremblantes cherchaient à se dégager des mains de Paul de Larisse; et il jetait sur Julien des regards de pitié, et après un moment où nous crûmes qu'il allait enfin parler, il appuya lentement ses coudes sur la table et, prenant un pan de son manteau, il le jeta sur ses cheveux blancs et sur son crâne découvert, et se voila la tête et le visage entièrement.
Julien, surpris de plus en plus, nous regarda tous d'abord l'un après l'autre; il paraissait chercher dans nos yeux le même éto
Adressant d'abord la parole à Paul de Larisse:
"Je te l'avais dit, ils ont vu ici ce que les tumultes de ma vie empêchent de voir et, par pitié pour moi, Libanius n'ose me le dire."
Puis à nous tous:
"Que croit-on donc ici que nous soyons devenus, pour ne plus pouvoir entendre vos idées dans leur âpre crudité? Ne suis-je plus de Daphné comme vous, et Paul et moi sommes-nous donc des ba
Nous nous sommes choisis entre tous, nous nous sommes devinés et rencontrés, nous ne pouvons jamais nous perdre et nous nous devons l'un à l'autre nos pensées entières, puisqu'il nous faut garder pour le reste des hommes un silence nécessaire. D'où vient que vous m'avez laissé combattre seul depuis un an? Pensez-vous donc que tout soit fini et qu'il soit temps de se reposer? Croyez-vous que Daphné n'ait pas eu ses déserteurs? Grégoire de Nazianze notre ami, et qui étudiait avec nous, persiste à demeurer prêtre et s'est enfui dans le Pont; depuis la mort de Césarius son frère, il ne veut pas me voir et écrit contre moi.
Les deux Apollinaires se sont déclarés mes e
Ici, il me regarda, je reculai involontairement.
"Toi, juif, dit-il, toi, jeune Alexandrin, dis-moi par exemple et dis-moi en toute hardiesse et franchise ce que tu penses de mes efforts à rebâtir ton Temple de Jérusalem.
– On m'a dit en Perse, répondis-je avec un peu d'effroi, on m'a dit que des feux souterrains avaient toujours consumé les ouvriers et que des prodiges t'avaient effrayé toi-même, grand Empereur."
Il reprit:
"On a dit mieux encore (et Jean et Basile sourirent avec dédain); on a dit que des croix de feu avaient paru sur Antioche et Jérusalem en même temps, tandis qu'on fouillait dans les fondations du Temple, et que ces croix s'imprégnaient sur les habits et sur les livres, sans que rien pût les effacer; on a dit que je n'avais pas osé poursuivre cette grande entreprise de relever votre Temple dont il ne doit pas rester pierre sur pierre, selon les Galiléens. Mais outre qu'il n'en reste déjà plus pierre sur pierre depuis Titus et Vespasien, ce qui rendait un miracle bien inutile, je ne pensais qu'à réunir votre malheureuse et patiente nation, par esprit de justice. Mais de vous-même sont venus les obstacles: les Samaritains et les Cutéens m'ont vite écrit que les Juifs cesseraient de payer les tributs et tenteraient de se soustraire à l'Empire Romain. Ils ont fait quelques émeutes dans la vallée de Bet-Rimon, et le gouverneur Alypius les avait provoquées en exigeant que le Temple fût construit sur un autre plan que celui de Salomon. Une légère secousse de tremblement de terre, la même qui fut ressentie à Nicée, à Nicomédie et à Constantinople, a augmenté le trouble de vos Hébreux et do
Ici Libanius se découvrit et le regarda avec attendrissement, le laissant parler sans l'interrompre.
"Je m'en suis plaint souvent à Paul de Larisse en lui défendant bien de vous le faire savoir, parce que je ne veux point être aidé par pitié, mais par zèle et propre mouvement. Ah! si j'étais né pareil aux grossiers Empereurs qui répondaient aux chrétiens par des supplices, je n'aurais nul besoin de vous, mais moi je leur réponds par des livres et, ici même, nos voisins d'Antioche vie
Julien parlait de cette manière en rougissant, avec une voix si douce et d'un air si simple, son regard était si naïf, son sourire si candide et si juvénile, que j'avais peine à en croire mes yeux et que je doutais que ce fût vraiment lui; mais lorsque je m'accoutumai à cette réalité, je compris ce qui se passait devant moi, et je commençai à deviner cet homme en qui on n'a jamais pu surprendre une petitesse; je vis, bien loin à nos pieds, pendant cet entretien, tout le reste des hommes dont le maître souverain venait ainsi rendre compte de son travail. Il parlait encore lorsque, ne pouvant m'empêcher de l'interrompre dans ses derniers mots, je m'écriai:
"Tu as fait reculer le soleil de deux a
Il sourit en me regardant et répondit:
"Je ne viens pas ici dire comme le premier et le plus hypocrite des Augustes:»Ma comédie est jouée", car mon rôle n'est pas achevé, et le rideau, je pense ne se baisse pas encore sur moi à trente-deux ans et au commencement de mon quatrième consulat; je ne veux pas vous dire non plus:»Applaudissez!» mais seulement:»Jugez-moi et fortifiez-moi."
J'étais encore troublé de ce que j'avais osé dire, lorsque je vis, à ma grande surprise, que Libanius me regardait et portait les yeux tour à tour sur Julien et sur moi.
"Ah! Julien, dit-il avec son air abando
Nous nous regardâmes tous en silence, et Paul de Larisse s'approcha de Julien et lui pressa la main, avec le sentiment d'un danger secret que l'un des deux allait courir et d'un combat décisif que la raison supérieure de notre âge allait nous livrer. L'adversaire s'avançait avec une lenteur redoutable, et comme les plus grands événements ont été souvent déterminés par quelques simples conversations entre les grands hommes, il était visible pour nous que quelque chose de décisif arriverait après ce que nous allions entendre.
"Ce que vous allez dire est peut-être ce que je suis venu chercher, dit Julien, calme, mais attentif comme un brave qui attend le coup d'une habile épée."
Paul de Larisse s'étant assis sur le lit même où Libanius était à demi couché, Libanius lui dit: