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"Les rhéteurs chrétiens sont aussi souples que les tiens, et les tours d'esprit, les soubresauts de paroles de Paul Catena et de Maris n'ont-ils pas été aussi légers que ceux d'Ecébole, de Maxime et d'Eunape?
Que les mystiques et les astrologues chrétiens lisent l'avenir dans l'eau d'un bassin au lieu de le chercher dans les entrailles d'un mouton, la différence nous touche fort peu à Daphné, et je pense qu'elle ne t'a pas été plus sensible à Constantinople? En un mot, la ruse de l'esprit grec est le caractère universel des hommes de l'Empire; ils n'ont pas plus le désir d'une vérité divine que d'une autre, trouvant sous leur main autant d'arguments contre que pour toute chose, et tout homme de notre âge est sophiste."
Ici Libanius, étendant ses mains tremblantes comme pour nous embrasser, poursuivit avec chaleur:
"O vous! âmes choisies, en qui la Destinée a mis dès l'enfance le sentiment du Vrai, du Bon, du Beau et de toutes les perfections que notre intelligence s'épuise à nommer d'appellations célestes pour y faire monter le vulgaire! vous tous, égaux amis, esclaves comme Paul, empereurs comme Julien, ou avocats comme Jean et Basile, citoyens de l'impérissable Daphné, ne sentez-vous pas bien que les efforts des deux religions et de toutes leurs sectes subtiles sont impuissants sur l'homme de nos jours et que rien ne peut secouer sa torpeur? L'enfant devient sophiste à quinze ans, et son âme se glace de telle sorte qu'il n'y a pas de feu divin qui puisse la fondre. Dès que tu as vu cela, c'est le désespoir qui t'a conduit au désert. Jean, tu peux le nier à tous, mais non pas à moi, et tu reviens parce que tu as senti que tu y étais inutile aux hommes. Tu n'avais pas à y do
Ici Libanius soupira profondément et, après nous avoir regardés avec douleur:
"Il faut bien, dit-il, le passer aux Barbares."
Julien recula:
"Dois-je donc, à ton avis, regretter tous mes travaux et mes chères victoires? dit Julien.
– Non pour toi, Julien, mais pour nous.
– Je ne l'aurais pas cru, reprit Julien avec sa bonté ordinaire. N'avons-nous pas encore dans le monde romain toute la science des siècles?
– Ils ont quelque chose de plus précieux, dit Libanius, qu'on ne nous rendra jamais et qu'ils apportent: c'est la simplicité de coeur qui peut croire sincèrement à quelques prodiges et adorer ce que tu as nommé les poupées divines.
– Eh bien! dit Julien, les Césars d'autrefois les payaient pour ne pas passer le Rhin; moi, je les ai chassés à coups d'épée. Crois-tu que jamais on en fasse des Romains?
– Non, mais déjà, sur nos frontières; on en a fait de robustes et solides Chrétiens, bien ignorants et bien grossiers.
– Eh bien! dit Julien, que veux-tu dire par là? Faut-il donc que nous cessions d'élever les Barbares à nous et que nous nous abaissions jusqu'à eux?
– Tiens! Regarde! dit Libanius, voilà ce que je veux dire."
En même temps il nous montra une momie égyptie
"Regardez attentivement, dit-il, cette momie embaumée. Elle porte dans sa tête des trésors et dans sa poitrine un rouleau de papyrus, sur lequel tiendraient aisément, rassemblées et écrites en caractères grecs, quelques brèves maximes qui peuvent exprimer tout ce qu'ont imaginé les hommes jusqu'à ce jour pour tâcher de se rendre meilleurs. Les couleurs vertes, rouges, dorées de la momie n'ont point pâli. Ses cheveux se sont conservés aussi blonds, aussi soyeux que durant la vie, aucun des trésors d'Isis et d'Osiris, aucun sphynx azuré ne s'est perdu, pas une lettre du papyrus ne s'est effacée, grâce à ce cristal énorme qui couvre la momie dans toute son étendue. Ce cristal est transparent, et à travers les lueurs rougeâtres, argentées, violettes, que lui apportent les flambeaux et les astres et qui lui do
Or, les Barbares dont nous parlons ont une crainte toute vraie, toute jeune et sans examen du nouveau dogme des Chrétiens; s'ils la conservent pure, ce dogme sera le seul en vérité qui puisse sauver le trésor du monde, et ce sera là le cristal neuf orné de symboles nouveaux et préservateurs."
Libanius se tut tout à coup, et ce fut Julien qui à son tour se couvrit la tête de son manteau. Bientôt son pâle visage sortit de ses mains, et il prit le cotyle d'argent qui était placé devant lui; un doux sourire animait ses lèvres et son regard et, se levant avec nous en faisant une libation du côté de l'Orient, il dit:
"Au Dieu Préservateur, quel qu'il soit!»
Ensuite il versa la coupe et ajouta d'une voix paisible, et en souriant avec tristesse:
"Tu l'emportes, Galiléen!»
Nous nous regardâmes longtemps sans parler. Julien se coucha à demi et, appuyé sur son coude, il poursuivit:
Je n'ai pas eu un jour ou une nuit sans travail, mais je croyais mon ouvrage meilleur."
Et, après un léger soupir:
"Enfin, dit-il, nous verrons cela demain. Il est possible que vous ayez raison et que je me sois trompé."
Pour le jeune Paul de Larisse, il avait tout écouté les bras croisés, et l'un de ses bras était caché dans sa poitrine. Lorsqu'il l'en tira, je vis que ses ongles étaient rougis et comme ensanglantés légèrement, mais il ne s'en aperçut pas; il étendit cette main et s'écria:
"Maudite soit cette faible race qui ne peut supporter les conséquences de nos travaux! et pour qui la vérité est toujours trop pesante! Nous nous trompons sans cesse en espérant quelque chose d'elle, et les plus forts lui sont sacrifiés sans fruit."
Libanius sourit:
"Veux-tu empêcher, dit-il, mon enfant, que les cailloux de la grève ne s'arrondissent l'un sur l'autre, usés par le frottement de la mer? Julien a-t-il murmuré lorsqu'il lui a fallu passer par tant d'épreuves, et s'est-il révolté contre la volonté immuable du Dieu créateur, lorsque nous sommes arrivés à douter ensemble du succès de sa tentative? En sera-t-elle moins sublime? En sera-t-il moins grand? Tu te rapetisses beaucoup toi-même, mon cher Paul, par ces mouvements puérils. Avons-nous cessé d'être tous ici de même taille, et assez forts pour nous co
Julien se leva et, s'appuyant sur Paul, il nous dit adieu avec le calme et la douceur d'un frère qui ne quitte sa famille que pour un jour. Il do
Nous nous étions tous levés, et Jean, le plus jeune et le plus attendri, lui baisait la main en pleurant. Libanius et ses disciples conduisirent Julien dans une salle qui menait au bois sacré que j'avais traversé, et comme j'entendis leurs voix s'élever tour à tour, et que l'odeur des parfums vint dans la salle où ils m'avaient prié de rester seul jusqu'à leur retour, je ne doutais pas qu'ils n'eussent offert un sacrifice qui devait m'être inco
Je me retirai pour écrire ce que je venais d'entendre; et je te l'envoie en même temps que le rapport des échanges que j'ai faits depuis cette soirée avec les marchands chargés de l'approvisio
Demain je verrai et dans peu j'écrirai.