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IV
Lisabeta Ivanovna était assise dans sa chambre, encore en toilette de bal, plongée dans une profonde méditation. De retour à la maison, elle s’était hâtée de congédier sa femme de chambre en lui disant qu’elle n’avait besoin de perso
«Mais enfin, dit-elle en souriant, de qui tenez-vous tout cela?
– D’un ami de l’officier que vous savez. D’un homme très original.
– Et quel est cet homme si original?
– Il s’appelle Herma
Elle ne répondit rien, mais elle sentit ses mains et ses pieds se glacer.
«Herma
– J’ai la migraine. Eh bien! que vous a dit ce M. Herma
– Herma
– Et où m’a-t-il vue?
– À l’église peut-être; à la promenade, Dieu sait où, peut-être dans votre chambre pendant que vous dormiez. Il est capable de tout…»
En ce moment, trois dames s’avançant, selon les us de la mazurka, pour l’inviter à choisir entre oubli* ou regret*[3], interrompirent une conversation qui excitait douloureusement la curiosité de Lisabeta Ivanovna.
La dame qui, en vertu de ces infidélités que la mazurka autorise, venait d’être choisie par Tomski était la princesse Pauline. Il y eut entre eux une grande explication pendant les évolutions répétées que la figure les obligeait à faire et la conduite très lente jusqu’à la chaise de la dame. De retour auprès de sa danseuse, Tomski ne pensait plus ni à Herma
Les phrases mystérieuses de Tomski n’étaient autre chose que des platitudes à l’usage de la mazurka, mais elles étaient entrées profondément dans le cœur de la pauvre demoiselle de compagnie. Le portrait ébauché par Tomski lui parut d’une ressemblance frappante, et, grâce à son érudition romanesque, elle voyait dans le visage assez insignifiant de son adorateur de quoi la charmer et l’effrayer tout à la fois. Elle était assise les mains dégantées, les épaules nues; sa tête parée de fleurs tombait sur sa poitrine, quand tout à coup la porte s’ouvrit, et Herma
«Où étiez-vous? lui demanda-t-elle toute tremblante.
– Dans la chambre à coucher de la comtesse, répondit Herma
– Bon Dieu!… Que dites-vous!
– Et je crains, continua-t-il, d’être cause de sa mort.» Lisabeta Ivanovna le regardait tout effarée, et la phrase de Tomski lui revint à la mémoire: «Il a au moins trois crimes sur la conscience!» Herma
«Mais vous êtes un monstre! s’écria Lisabeta après un long silence.
– Je ne voulais pas la tuer, répondit-il froidement; mon pistolet n’était pas chargé.»
Ils demeurèrent longtemps sans se parler, sans se regarder. Le jour venait, Lisabeta éteignit la chandelle qui brûlait dans la bobèche. La chambre s’éclaira d’une lumière blafarde. Elle essuya ses yeux noyés de pleurs, et les leva sur Herma
«Comment vous faire sortir d’ici? lui dit-elle enfin. Je pensais à vous faire sortir par l’escalier dérobé, mais il faudrait passer par la chambre de la comtesse, et j’ai trop peur…
– Dites-moi seulement où je trouverai cet escalier dérobé; j’irai bien seul.»
Elle se leva, chercha dans un tiroir une clé qu’elle remit à Herma
Il descendit l’escalier tournant et entra dans la chambre de la comtesse. Elle était assise dans son fauteuil, toute raide; les traits de son visage n’étaient point contractés. Il s’arrêta devant elle, et la contempla quelque temps comme pour s’assurer de l’effrayante réalité; puis il entra dans le cabinet noir, et, en tâtant la tapisserie découvrit une petite porte qui ouvrait sur un escalier. En descendant, d’étranges idées lui vinrent en tête. «Par cet escalier, se disait-il, il y a quelque soixante ans, à pareille heure, sortant de cette chambre à coucher, en habit brodé, coiffé à l’oiseau royal*, serrant son chapeau à trois cornes contre sa poitrine, on aurait pu surprendre quelque galant, enterré depuis de longues a
Au bout de l’escalier, il trouva une autre porte que sa clé ouvrit. Il entra dans un corridor, et bientôt il gagna la rue.