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En entrant dans son bureau, il eut un signe de tête rapide en direction de deux hommes qui étaient en train de déplacer de volumineux cartons: «Désolé pour le désordre, mais nous sommes en plein déménagement. J'espère que leur présence ne vous gênera pas.» Je reco

«J'ai une dette envers vous, dit-il en ouvrant un tiroir de son bureau. Ce magazine que vous m'avez offert pour ne pas effaroucher mon épouse. Je vous le rends, mais avec un supplément…»

Vi

Je n'entendis pas le début des commentaires faits par Vi

«… drôle de perso

Je remarquai que les deux hommes, dans mon dos, avaient cessé leur remue-ménage, mais restaient toujours dans la pièce. J'interrompis Vi

«Il vous aurait répondu que oui. D'abord près de Leningrad, puis dans la bataille de Koursk…

– Près de Saint-Pétersbourg, vous voulez dire? Ha ha…

– Je ne sais pas s'il faut commencer à le prononcer à l'américaine…

– Ça viendra, ça viendra… N'empêche, quelle ironie du sort: lui qui a si vaillamment lutté contre les trafiquants d'armes est abattu sous l'étiquette d'un mafieux. Quelle fin de carrière! C'est vrai qu'il n'avait pas la chance que vous avez de travailler "en binôme", comme vous dites. Un compagnon fidèle peut toujours venir en aide ou, le cas échéant, réhabiliter votre ho

Il continuait à parler avec un sourire de plus en plus dédaigneux. J'étais sûr à présent que le soir de notre rencontre sous la pluie il avait eu très peur et qu'il était beaucoup trop inquiet pour penser au beau corps de sa femme, et qu'il avait passé ces deux jours dans une humiliante inquiétude qu'il essayait d'effacer par ce ton méprisant de vainqueur. Je comprenais aussi que je ne sortirais pas de ce bureau. Les deux hommes derrière mon fauteuil ne faisaient même plus semblant de déplacer leurs caisses… Mais la mort de Chakh m'avait poussé dans un étrange éloignement d'où je regardais Vi

«Vous m'avez promis quelques notes sur… sur vous savez qui.

– Je n'ai pas pu rassembler grand-chose, mais… tenez.»

Il me tendit un classeur fermé par des élastiques. Son geste avait une précision déjà un peu mécanique, comme s'il avait peur que je refuse, comme si de la précision de cette passation dépendait la suite des mouvements dans ce bureau. Sans détourner le regard de son visage, je pris le classeur, le posai sur mes genoux. Vin-ner me regardait fixement, puis eut un coup d'œil rapide sur mes mains immobiles. Je devinais qu'il attendait que je baisse les yeux, que je commence à tirer les élastiques. Tout était réglé sur cette seconde d'inattention. Une latte de parquet grinça derrière mon dos. Je me mis à parler très bas pour ne pas rompre cet équilibre instable:

«Je voudrais vous transmettre les amitiés d'une perso

J'ouvris le classeur: entre les pages blanches, une seule photo était glissée et qui me parut faire partie de l'habillage. Du coin de l'œil, j'interceptai un signe de tête que Vi

En sortant, je poussai du pied l'un des cartons. «Merci de m'avoir do

Le soir, en rentrant à Destin, je lus la page du journal anglais qui publiait la photo de Chakh. La fatigue, le dégoût, la peur affluaient à présent sur moi avec le retard d'une onde de choc. Mais plus forte que ces émotions retardées était la surprise. Je ne parvenais pas à croire à la mort de Chakh. Ou plutôt en admettant qu'on ait pu le tuer, je le voyais pourtant vivre, d'une vie plus libre même que la mie

En restant sur ce banc à moitié enlisé dans le sable, on ne remarquait pas la force du vent. Derrière la dune, à l'abri, la première clarté du matin do

Je m'étais levé bien avant le jour, sans avoir vraiment dormi, et en allant vers la mer je l'avais surprise encore dans sa vigilante lenteur nocturne. J'avais nagé au milieu de l'obscurité rythmée par de longues vagues silencieuses, perdant peu à peu toute conscience de ce qui m'attendait, tout souvenir du pays massé derrière la côte (l'Amérique, la Floride, prononçait en moi une voix perplexe), toute attache à une date, à un lieu. Du noir, un flot plus vif parfois surgissait, me recouvrait de son écume, disparaissait dans la nuit. Je me rappelais l'homme que j'allais revoir (un souvenir incontrôlable: la joue de Vi