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Cet instant durera à l'écart du temps humain à l'écart de la guerre, au-delà de la mort. Il n'y a encore perso

Il y aura ces jeunes femmes qui, de retour dans leur patrie, seront jusqu'à la mort considérées comme traîtresses. Ces soldats qui le lendemain poursuivront leur route sur Berlin et dont la moitié ne verront pas la fin de la guerre. Ces priso

Mais à cet instant, il n'y a que le silence autour de la mère et de son enfant enveloppé dans une large vareuse propre que l'officier a tirée de son sac. Il y a, au croisement des routes, ce priso

Nous repassâmes par cette petite ville allemande, en la parcourant en sens inverse: les entrepôts, la brasserie, le viaduc, la fenêtre avec les rideaux de tulle. En suivant le défilé des façades délavées par la pluie, tu murmuras doucement et sans émotion: «Il est fort probable que j'aie quelques cousins qui habitent dans les parages. Peut-être même mon père. Le monde est vraiment petit…»

C'est sur ce chemin du retour que tu me parlas de la maison au nord de la Russie où s'étaient écoulées les premières a

Je marquai ton nom et le nom de la ville allemande près de laquelle tu étais née. Et me rendis compte que la feuille provenait du bloc de papier que Vi

Le froissement des pas glissa à travers le couloir, s'arrêtant en face de ma porte (une infirmière? un envoyé de Vi

Je voyais le soldat qui venait de tomber, une main portée à son visage brisé. Je le voyais non pas à l'instant de sa mort, mais dans la toute première clarté d'une matinée qui n'appartenait plus à sa vie mais était toujours sa vie, le sens même de sa vie. Je le voyais assis à côté d'autres soldats, sur les bancs d'un fourgon militaire. Leurs regards suivaient la route par l'arrière relevé de la bâche. Ils se taisaient. Leurs visages étaient graves et comme éclairés par une grande douleur enfin surmontée. Leurs vareuses décolorées par le soleil ne portaient aucune décoration, mais gardaient, à hauteur de la poitrine, les traces plus sombres laissées par les médailles enlevées… Le camion traversa les faubourgs encore endormis d'une grande ville, s'arrêta dans une rue enveloppée de pénombre. Le soldat sauta à terre, salua ses camarades, les accompagna du regard jusqu'au tournant. Puis ajusta son sac à l'épaule et entra sous le porche d'une maison. Dans la cour, dans ce puits de pierre aux murs sonores, il leva la tête: un arbre qui seul semblait éveillé dans cette naissance du jour et au-dessus de ses branches aux feuilles pâles, cette fenêtre où brillait une lampe.

La vérité de ce retour du soldat était indémontrable, mais avait pour moi la force d'un pari mortel. Si elle n'avait pas de sens, rien n'avait plus de sens.

Je voyais aussi, en moi et très loin de moi, cet homme et cette femme qui se tenaient immobiles, dans la nuit, sur la berge d'un cours d'eau. Les montagnes incisaient par leurs contours la transparence sonore de l'air. Le flux de la rivière emportait les étoiles, les poussait dans l'ombre des rochers, à l'abri des vagues. L'homme se retourna, regarda longuement la porte entrouverte d'une maison de bois, le rougeoiement du feu apaisé entre les lourdes pierres du foyer et cette flamme longue, droite de la bougie sur un éclat de roc au milieu de la pièce.

Ce n'était pas un souvenir, ni une minute vécue. Je savais simplement qu'un jour cela serait ainsi, que c'était déjà ainsi, que ce couple vivait déjà dans le silence de cette nuit.

Tu sais, il me faudra partir bientôt. Mais avant le départ j'aurai le temps de te dire l'essentiel. Cette journée d'hiver que je vois et qu'une part de moi commence à vivre. Une journée éteinte, traversée d'un lent souffle de flocons. Tout sera, un jour, comme dans cet instant d'hiver. Tu apparaîtras au milieu du sommeil e


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