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Pavel tomba sur l'un de ces soldats déjà dans les faubourgs de Berlin où leur compagnie pataugeait au milieu des petites poches de résistance. Le drapeau rouge flottait sur le Reichstag, la victoire était a

Cette fusillade avait lieu pendant qu'autour du Reichstag on fêtait la victoire. Ils arrivèrent trop tard et Pavel n'eut même pas le temps de marquer son nom sur les murs mutilés. L'ordre de monter dans les camions était déjà do

Il sentait qu'il y avait quelque chose d'inachevé dans ces journées de victoire. Cette inscription manquée… Non, bien plus que cela. La guerre était finie, pensait-il, et cette idée paraissait étrange. D'un jour à l'autre, tout ce flux de visages, morts ou vivants, de corps indemnes ou meurtris, de cris, de pleurs, de soufflements d'agonie, tout se retrouva dans le passé, rejeté vers ce passé par lajoie de ce soleil de mai à Berlin. Sans pouvoir le dire, Pavel attendait un signe, un changement de la couleur du ciel, de l'odeur de l'air. Mais les semaines coulèrent, déjà sûres de leur cadence de routine. Les camions arrivèrent à la gare. Les convois se remplirent de soldats et lentement repartirent vers l'est.

Un jour, à l'aube, déjà en Russie, pendant que le train était arrêté à côté d'un village, Pavel vit une jeune femme qui rinçait du linge, accroupie au bord d'un courant. L'étrangeté de cette matinée calme touchait à la folie. Pavel comprenait, sans pouvoir le dire clairement, qu'à présent, après tout ce qui s'était passé à la guerre, il était impossible de rester là, sur cette berge, tranquillement, et de faire onduler dans l'eau ces bouts de tissus blancs. Il était impossible d'avoir ces jambes, cette croupe. Ce corps fait pour aimer ne devait pas exister. Elle aurait dû se lever, le regarder et crier de joie ou pleurer en se laissant tomber à terre. Il secoua la tête, se ressaisit. Autour de lui, les soldats dormaient. Il sentit son visage trembloter dans une grimace de jalousie. La jeune fille se redressa, empoigna l'anse du seau rempli de linge essoré. Il suivit ses mouvements, la désira et malgré le bonheur violent qui l'emplit eut le sentiment de trahir quelqu'un.

Ils traversèrent Moscou à la tombée de la nuit, en camion, d'une gare à l'autre. Pavel ne co

Il vivait encore dans ces jours où, après le combat, les soldats allaient et venaient d'un pas engourdi, au milieu des morts, en s'habituant à être vivants. De ces jours lui venait un couteau avec les encoches laissées par un disciplinaire. Dans ces jours il y avait ce soldat qui, avant de s'écrouler, avait tâté le vide à la place des mâchoires arrachées… La nuit, un cri le réveilla. «Les chars, là, à droite!» hurla son voisin, luttant contre un cauchemar. Dans l'obscurité, il y eut quelques ricanements, quelques soupirs en de nouveau, le silence et le tambourinement des rails.

Il était sûr, à présent, de rencontrer cette vie neuve et oublieuse même à Dolchanka. Au chef-lieu, avant de se mettre en route, il vit une femme qui cueillait des framboises derrière la clôture de sa maison. La maison d'en face avait le toit soufflé par une explosion et paraissait inhabitée. Il observa les mains de la femme, étrangement fines, blanches, aux doigts tachés de jus mauve. Ses avant-bras étaient pleins, insupportables au regard. Il toussota, s'approcha d'un pas entravé et, en s'appuyant sur la clôture avec une nonchalance agressive, demanda la direction de Dolchanka. «Comment dites-vous, Dolchanka? » s'éto

En marchant, il pensa à son entrée à Dolchanka, une entrée si souvent imaginée que maintenant l'envie lui venait de se faufiler en passant par les potagers, pour éviter les regards, les saluts. Involontairement, il transportait à Dolchanka tous les gens qu'il avait rencontrés sur la route du retour, à Moscou, au chef-lieu. Imaginé, le village se remplissait de cette vie sans guerre, de sajoie déjà quotidie

Ne pas revenir du tout? Cette pensée lui parut soudain vraisemblable, et c'est à ce moment-là qu'il remarqua que la route, cette route co