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Le cheval inclina la tête. Son pas ralentit, et Nikolaï perçut une légère secousse: la pouliche qui marchait derrière, attachée par une corde, avançait endormie et à chaque ralentissement heurtait de sa tête la croupe du cheval. Nikolaï sourit et crut deviner comme un rire étouffé dans le bref ébrouement du cheval. Il ne le gronda pas, chuchota seulement: «Vas-y, Renard, on n'est pas loin. On passe la forêt et là, repos!»

Ce n'était pas pour sa robe rousse, mais pour sa ruse qu'il était appelé ainsi. D'abord, Nikolaï avait cru que ce cheval était tout simplement têtu. Dans l'une des premières batailles, Renard avait refusé de se lancer à l'attaque avec les autres. Une cinquantaine de cavaliers devaient jaillir d'un taillis pour foncer sur les soldats qui se préparaient à passer à gué avec un convoi de chariots. Le commandant avait fait signe, la cavalerie s'était jetée en avant, accompagnée d'un tourbillon de branches cassées. Mais le cheval de Nikolaï se cabrait, dansotait sur place, tournait sur lui-même et ne partait pas. Il l'avait battu atrocement, à coups de talons sur les flancs, l'avait fouetté avec rage, giflé aux naseaux. Le pire était que l'attaque paraissait gagnée d'avance. Sur la berge, les soldats, pris au dépourvu, n'avaient même pas le temps d'attraper leurs fusils. Et lui, il luttait encore contre ce cheval maudit. Les cavaliers étaient à une centaine de mètres de l'e

Sur ces routes de guerre, Renard avait vu des chevaux qui se noyaient et des chevaux déchirés par des obus, et cet étalon avec les pattes de devant arrachées et qui essayait de se relever dans un saut monstrueux, et cet attelage abando

Nikolaï ne cherchait pas à juger. Beaucoup vieilli en ces deux a

La pouliche endormie do

Ce récit qu'il avait composé durant sa chevauchée taisait l'essentiel. Il avait fui son régiment à cause d'une machine. Un appareil placé sur ce grand bureau noir dans le bâtiment occupé par l'état-major du front. Nikolaï arrivait dans cette ville en estafette, avec une lettre du commandant de leur régiment. Dans la cour, il avait remarqué une vingtaine de civils, des vieillards et des femmes avec des enfants, gardés par quelques soldats. On lui avait dit d'attendre dans le couloir. La porte du bureau était entrouverte il put écouter la discussion des commissaires. Il s'agissait de décider s'il fallait ou non exécuter par représailles, les otages, ces civils dans la cour. L'un des commissaires criait: «Tant que Moscou n'a pas do

Nikolaï avait remis la lettre, sauté sur son cheval et, en quittant la cour, avait vu les «e

Pour chasser ce souvenir qui revenait sans cesse, Nikolaï passa la main gauche derrière son dos, tâta l'anse des deux seaux neufs accrochés à la selle. C'était, avec quelques paires de chemises et de pantalons en gros coton, son seul trophée. Il secoua doucement les seaux, le zinc avait un cliquètement rassurant, domestique. C'était son rêve de ramener de la guerre deux seaux, chose si utile et qu'il ne se lassait pas d'imaginer portée, sur une palanche, par une jeune femme, sa future femme. Dans son barda qu'il avait abando

Ils allaient bientôt quitter la forêt. On devinait déjà la plaine dans le dernier rougeoiement du couchant à travers la claire-voie des branches. Soudain, Renard répéta son manège: la tête inclinée, l'œil cherchant le regard du cavalier. Nikolaï le houspilla, menaça de le vendre à la foire. Le cheval avança, mais comme à contrecœur. La montée sablo