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Je revis Chakh, un mois après, dans une grande ville allemande où tout était prêt pour les fêtes de Noël. Il me confia des documents que j'allais transmettre à un agent de liaison, plaisanta sur le changement de climat que je devais constater et sur le sérieux très allemand avec lequel on préparait les fêtes. Je devinais ce qu'un homme de son âge pouvait ressentir au milieu de l'animation festive de cette ville, dans ce pays où, jeune, il avait fait la guerre. Il se tut, plongé dans ce passé, puis revenant vers le souvenir qui primait sur tout, reparla des Rosen-berg. Je remarquais maintenant que les lignes de son visage étaient devenues plus anguleuses et que ses épaules restaient légèrement soulevées comme par une discipline corporelle qu'on s'impose. En l'écoutant, je ne me disais pas: «Il radote…», mais plutôt: «C'est une tout autre génération! Celle qui ne voit pas ou ne veut pas voir que nous avons changé d'époque.» Le plus éto

Après son départ, je traînai longtemps à travers les rues sous un semblant de neige en petits granules gris et piquants. Vers le soir, le temps s'adoucit et de vrais flocons voltigèrent dans le halo des réverbères. Les enfants s'agglutinaient aux vitrines où les pères Noël automates ne cessaient de retirer de leurs sacs des cadeaux enruba

Je jetai un coup d'œil sur la pendule, commandai un autre verre. Je me rappelai qu'en tournant dans les rues, j'étais tombé sur une scène qui surgissait maintenant avec sa bouffée de bonheur bourgeois: sur le perron d'un hôtel particulier, un docteur en blouse blanche faisait ses adieux à un vieux patient qu'une épouse âgée accompagnait. Il était visible que le médecin jouissait de la fraîcheur de quelques flocons qui se posaient sur sa tête nue, et qu'il lui était agréable de quitter son cabinet et de se montrer courtois, surtout envers ce patient-là, le dernier peut-être avant les fêtes…

C'est toi qui, avant notre nouveau départ, m'apprendrais la mort de l'homme que j'attendais inutilement dans cette ville décorée en conte de fées. Une chambre d'hôtel anonyme, son corps que perso

Je ne trouverais jamais le courage de t'avouer qu'en l'attendant je me sentais jaloux d'un respectable médecin allemand qui exposait sa tête au tournoiement de la neige. Et que je te rangeais, à côté de Chakh, dans cette génération aveuglée qui vivait dans un autre temps.

En me racontant la mort de l'agent de liaison, tu parlas aussi de Youlia et Youri, et je compris que tu avais essayé de récolter au moins ces bribes d'information qui accompagnaient d'habitude la disparition des gens comme nous: une chambre d'hôtel où s'affairent les policiers, une voiture carbonisée dans un terrain vague. «J'aurais dû les prévenir, enfin leur expliquer que…» Tu me regardas comme pour chercher de l'aide. «Tu aurais dû, pensai-je, leur expliquer qu'il était trop tard pour avoir des illusions.»

Je finis par oser te le dire. Je te le criais à l’oreille, en essayant de couvrir le bruit qui régnait dans cet avion fou et dans le ciel nocturne autour de lui, dans ce noir que les batteries antiaérie