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Cette involontaire trahison sembla ne pas avoir de conséquences. Il y eut de nouveau des villes qui se vidaient aux sons des premiers tirs comme sous le tambourinement des premières gouttes sur un toit en tôle ondulée (un jour, les Occidentaux se ruèrent vers les avions justement sous une averse en grosses gouttes chaudes et la peur des balles qui atteignaient déjà les abords de l'aéroport se confondit comiquement avec le désir de se protéger des trombes). Il y eut des bateaux qui manœuvraient pesamment dans des baies trop étroites et se dirigeaient vers le large avec une lenteur telle que nous croyions deviner la colère des passagers: du pont ils repoussaient de leurs regards la côte qui s'embrasait déjà. Nous y restions. Nous savions qu'après la fièvre des combats et des pillages, les vainqueurs auraient besoin de reco

Rien ne changea. Même cette impression qui nous poursuivait dans nos passages rapides de l'Europe à l'Afrique. Tout ce qui, au Nord, était mots, conciliabules feutrés, lentes approches d'une perso

Et pourtant, c'est en Afrique qu'un jour il me sembla de nouveau te cacher ce que je discernais de plus en plus clairement: la fin.

Ils arrivèrent deux mois après l'arrêt des affrontements, pour se charger du réseau après notre départ. Leur jeunesse nous frappa, comme un rappel de nous-mêmes, plusieurs a

La reprise des combats effaça en nous ce remords. La ville fut bombardée, nous quittâmes la maison et passâmes une longue journée sans issue dans l'un des grands hôtels de la capitale, déserté par les Occidentaux, pillé, réaménagé pendant les mois de la trêve et de nouveau à l'abandon. Nous espérions encore pouvoir rester dans la ville… La chambre avait été faite il y a quelques jours et il était étrange de voir le lit aux draps tirés et pliés d'une main professio

Une partie des troupes qui défendaient la ville était repoussée vers la côte, les soldats prenaient position au rez-de-chaussée de l'hôtel, les futurs vainqueurs encerclaient le bâtiment, mitraillaient les fenêtres en attendant que la fumée chasse les assiégés sous les balles. Nous eûmes le temps de traverser le parc de l'hôtel, de longer son petit port de plaisance et d'atteindre le bord de l'eau. Nous savions qu'un bateau devait évacuer les derniers de nos instructeurs. Essoufflés, nous nous arrêtâmes au milieu de la petite plage où l'on voyait encore les rangées de chaises longues en plastique blanc. Et c'est à ce moment que le temps se brisa, s'affola – série de précipitations et d'immobilités. Le sable englua nos pas comme dans la course impossible d'un mauvais songe. La voiture militaire qui se détacha du bâtiment de l'hôtel grandissait rapidement, venant vers nous, et déjà les premières balles criblaient les coques des canots retournés sur le sable. Mon cri se coupa et n'eut aucun effet sur toi. Tu restas debout, la main levée dans un signe de salut qui me parut absurde. Le chargeur glissait dans ma main comme un bout de savon humide. En tirant, je crus viser la gueule renfrognée de la voiture – ce rictus de la grille du moteur et les yeux éteints des phares…

Dans l'hébétement de la peur, j'aperçus son ombre avant de pouvoir entendre le bruit. Il cacha pour une seconde le soleil au-dessus de mon refuge derrière les canots. Je levai la tête. Sa silhouette était très facile à reco

Sur le pont du bateau où nous nous posâmes, c'est le drapeau rouge de l'empire qui frappa notre vue. Et aussi la teinte fatiguée qui recouvrait les contours d'acier. En se dirigeant vers le large, le navire fut obligé de traverser cette mer intérieure qu'avait découpée dans l'infini de l'océan la présence du porte-avions américain. Les frégates d'escorte délimitaient cette étendue très vaste mais fermée. Nous avancions lentement, comme à tâtons, dans une lumière pourtant éclatante. Le porte-avions grandissait à notre gauche, nous dominait, nous aplatissait sur la surface de l'eau. Il semblait nous ignorer. Un avion décolla, nous forçant à nous boucher les oreilles, un autre apponta en maîtrisant en quelques secondes sa terrible énergie. Les navires d'escorte indiquaient, par leur seule position, le ténu pointillé de la direction qui nous était autorisée.

«On se croirait sur le Potemkine, en face de l'escadre gouvernementale», dis-tu, les yeux rieurs dans un visage taché de noir.

C'était peut-être la dernière fois de notre vie que je te voyais sourire.