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Les masses d'eau qui to

«À cause de nos batailles aux échecs, Ethel m'a surnommé Chakhmatoff ou, en abrégeant, Chakh. Elle comprenait le russe. Il reste encore deux ou trois perso

Dans les a

C'est aussi avec la distance de ces a

Enfin, cette nuit-là m'apprit le surnom de Chakh que seules quelques rares perso

II

Tout ce que leurs voix, leurs corps et sans doute leurs pensées exprimaient, ce soir-là, me semblait marqué d'une exagération théâtrale. Les jugements trop admiratifs devant telle statue, face à tel tableau. Les sourires grimaçant de trop de bonheur. Et derrière ces mines enthousiasmées, l'inattention trop évidente pour celui qu'on leur présentait. Et l'hypocrisie trop mondaine et presque joyeuse avec laquelle ils se promettaient de déjeuner ensemble, un jour. Et les regards des hommes qui découpaient trop âpre-ment les silhouettes des femmes pour feindre tout de suite l'indifférence et la dignité glacées.

Je me disais d'abord que dans cette galerie d'art une telle exagération des sentiments éprouvés ou simulés tenait à la chaleur plastique, donc sensuelle, des œuvres exposées. Supposition erronée car les tableaux étaient tous d'une géométrie désincarnée et froide, les sculptures, cubes superposés et cylindres tronqués, paraissaient creuses malgré le poids de leur bronze.

J'attribuai alors ces réactions excessives à la schizophrénie de la ville coupée en deux parts, comme deux hémisphères d'un cerveau, chacune avec sa vision du monde très perso

Un serveur vint me proposer du Champagne. Je pris le verre, en pensant avec un sourire que cet Occident presque caricatural était tel car je le voyais pour la première fois. Je le voyais encore par-delà le Mur. Il ne pouvait être que théâtral.

À l'autre bout de la salle, à travers le va-et-vient de la foule, j'apercevais Chakh, costume sombre, nœud papillon, sa tête grise inclinée vers son interlocuteur. Je savais que nous ferions semblant de ne pas nous co

Mon émotion était une sorte d'ivresse très lucide. Je croyais entendre la pulsation intime de la vie occidentale dans laquelle il fallait me fondre. Une telle fusion avait la discrète violence d'une possession physique. Je devais lutter intérieurement pour ne pas me reco

J'avais perçu ce réveil encore à Moscou, durant les mois d'études et d'entraînement qui me préparaient à ce nouveau travail à l'étranger. Cette préparation m'éloignait de plus en plus de celui que j'avais été avant. Et ce n'était pas le fait d'apprendre les techniques du renseignement ou de sauter en parachute la nuit qui avait confirmé cette rupture. Mais le plaisir de devenir un homme sans passé, de me réduire à ce corps entraîné pour l'action future. N'être que ce futur et n'avoir en guise de passé qu'une légende bien rodée et apprise par cœur…

Un couple s'arrêta devant un tableau et je pus entendre les paroles de la femme dont l'épaule frôlait presque la mie

C'est à ce moment que je t'aperçus.

Je vis une femme dont le visage m'était co