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Au téléphone, le frère de Jacques Dorme m'avait conseillé de prendre un taxi à la gare: «C'est un peu loin, nous sommes en bordure de la ville…» Mais j'avais besoin de marcher, de voir cette ville, de deviner ce qu'elle avait dû être un demi-siècle auparavant. Je ne pouvais pas accepter l'idée de descendre d'un taxi, de so

Un scooter passa à toute vitesse, me frôla, slaloma entre les poubelles renversées. Une bouteille de bière roula sous mes pieds, je ne compris pas si j'étais visé ou non. La plaque avec le nom de la rue était barbouillée de rouge. Je mis un moment à déchiffrer: Henri Barbusse. Sous une fenêtre cassée, accrochées à un sèche-linge, ondoyaient des loques de tissu. La vitre était remplacée par un sac en plastique bleu, tache de couleur inattendue sur un mur gris-brun. Une autre fenêtre, au rez-de-chaussée, presque insolite avec ses fleurs et ses petits rideaux clairs. Et dans l'air éteint de décembre, cette vieille main tirant les volets, ce visage ride et le reflet des cheveux blancs, ce regard qui répondit au mien: une femme qui peut-être vivait ici du temps de Jacques Dorme.

La ville s'aplatit bientôt sous les toits des entrepôts vides et des garages à l'abandon, s'émietta en maiso

La zone pavillo

Je vis cette autre voiture lorsque, contournant le cimetière, je m'apprêtais à plonger dans les allées résidentielles. Une voiture entourée de cinq ou six jeunes gens ou plutôt coincée par eux à un tournant. Ce n'était pas une agression à proprement parler. Ils do

Ce furent peut-être ces crachats qui me poussèrent vers le groupe. Je remarquai le pied du conducteur, une fine chaussure noire, une chaussette haute et la peau très pâle qui se découvrait sous le pantalon que le bord de la portière avait retroussé, une peau de vieillard, traversée par des veines sombres. Il n'y avait rien d'héroïque dans mon élan, juste l'incapacité soudaine de tolérer la vue de ce vieux pied qui frottait comiquement l'asphalte. D'ailleurs l'issue de mon intervention aurait été tout autre s'il n'y avait pas eu ces deux scooters qui débouchèrent tout à coup derrière le mur du cimetière et se mirent à se poursuivre dans les entrelacs des ruelles. Quatre des jeunes qui s'accrochaient à la voiture partirent alors en courant pour voir le rodéo, deux autres restèrent, trouvant le harcèlement de l'automobiliste plus amusant.

L'un d'eux continuait à cracher en s'étouffant de rire. L'autre pressait la portière de tout son poids et avec ses poings tambourinait sur le toit de la voiture, comme sur un tam-tam… Je frappai le cracheur sans me retenir, d'un coup fait pour mettre à terre. Il bascula, le dos plaqué contre la voiture, et j'eus le temps de voir dans ses yeux un éclair de surprise, l'éto

La portière claqua, la voiture démarra et tourna dans une allée.

Plusieurs minutes passées à errer, avec un sentiment nauséeux, fait de colère vaine et de peur tardive, des bouffées écœurantes de peur calquées sur la stridulation des scooters dans les allées. Mais surtout la conscience très claire de la totale inutilité de mon intervention. Je pourrais à ce même moment me traîner au bord de la route, un cran d'arrêt entre les côtes. Et cela ne changerait rien non plus ni n'éto

La brûlure de ces mots retarde ma recherche. Je finis par trouver l'allée de la Marne, mais le numéro seize paraît inexistant. Je traverse la rue à deux reprises, observe chacune des maisons avec la certitude de pouvoir reco