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C'est durant ce vol que pour la première fois Jacques Dorme se vit étranger dans le pays où il était né.
Il ne reco
L'homme inspectait les avions, posait ses étranges questions qu'on aurait jugées stupides si elles n'avaient pas eu de double fond, n'écoutait jamais jusqu'au bout, souriait. Tout le monde comprenait qu'il était venu parce que la guerre allait prendre fin et qu'à Moscou on avait besoin de rappeler qui était le maître. Pourtant les pilotes ne pouvaient pas encore deviner que bientôt les Américains qui livraient ces i
À la fin de son inspection, il convoqua les responsables de la base et les «leaders» des escadrilles. Il parla du relâchement de la discipline communiste, de la baisse de la vigilance de classe mais surtout fustigea les graves erreurs dans l'organisation des vols. «Le commandement a toléré une anarchie totale, martela-t-il. Les bombardiers volaient dans les mêmes groupes que les chasseurs et les avions de transport. Je vous engage à mettre fin à ce désordre. Les chasseurs doivent voler avec les chasseurs, et les bombardiers…»
Les pilotes se jetaient des coups d'oeil furtifs, se frottaient le front. On espérait secrètement que l'homme en cuir se mettrait soudain à rire et a
Durant quelques secondes de silence pesant, on n'entendit que le fouettement du blizzard qui s'acharnait contre les vitres et le grincement du gravier que les priso
«Eh bien, pour ces contacts, on verra après la victoire, reprit l'inspecteur. Mais à présent, il faut remettre de l'ordre dans cette pagaille. Voici la carte qui vous indique les itinéraires les plus directs entre les aérodromes. Désormais vous passerez par Zyrianka et non par Seïmtchan. Des centaines de kilomètres de gagnés et une économie de carburant conséquente. Je me demande pourquoi les chefs d'escadrille n'y ont pas pensé avant. À moins que le trajet plus long ne leur ait été conseillé par les représentants américains…»
Perso
Ils savaient que l'inspecteur ne pouvait pas rentrer à Moscou sans rendre compte des agissements hostiles qu'il avait débusqués, des erreurs qu'il avait redressées. Tout le pays fonctio
Ils discutèrent brièvement de la composition des vols pour le lendemain puis allèrent dormir Dehors, dans le noir de la nuit polaire, les priso
Après une heure de vol, Jacques Dorme transmit ce message au groupe d'avions qu'il guidait: «Suivez le deuxième. L'atterrissage à Z. est impossible. Direction S.» La veille, dans la nuit, il avait réussi à convaincre les gens de son escadrille que la meilleure solution était d'aller, comme d'habitude, à Seïmtchan. Lui seul irait à Zyrianka d'où il appellerait la base. L'inspecteur qui partirait le lendemain n'aurait pas le temps de faire une enquête.
Il fit un lent virage à droite et, dans la pénombre cendrée qui signifiait le jour, vit les lueurs des Aircobra obliquer vers le sud.
Les minutes coulèrent, unissant peu à peu l'homme à sa machine, accordant les secousses de l'acier à la pulsation du sang. Le corps s'offrit à la vie mécanique, disparut dans la cadence du moteur qui, dans le dos du pilote, modulait de temps en temps la rumeur de ses vibrations. Le regard se perdait dans la grisaille de ce jour dont le soleil ne se lèverait pas, puis revenait vers le pointillé lumineux du tableau de bord. L'homme était très inclus dans le mouvement de cet habitacle volant et, en même temps, très absent. Ou plutôt présent dans un ailleurs, loin de ce ciel de cendre, de ces montagnes Tcherski qui commençaient à étager leurs déserts glacés. Un ailleurs fait d'une voix de femme, des silences d'une femme, du calme d'une maison, d'un temps où il se sentait de toujours. Ce temps se déployait à l'écart de ce qui se passait dans l'avion, autour de l'avion. La violence du vent obligeait à manœuvrer, l'engivrement empêchait la vue. À un moment, il fut évident que les pistes de Zyrianka étaient restées plus au nord-est et qu'il faudrait voler à une moindre altitude, au risque d'accrocher une crête, observer, se concentrer, ne pas céder à la panique. Ce lointain qu'il devinait en lui do
Il garderait la sensation de cet ailleurs jusqu'à la fin, jusqu'à la luminescence violette du feu boréal qui embraserait le ciel.