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– Heureusement que j’ai encore assez de tabac pour cacher le pistolet, murmura-t-il, et il se mit à fumer.
Il fallait qu’il fût bien triste ce soir-là, mon ami Jacques, pour qu’il songeât à cacher le pistolet. C’était sa ressource suprême dans les grandes crises, et elle lui réussissait assez ordinairement. Voici en quoi consistait ce moyen: Jacques fumait du tabac sur lequel il répandait quelques gouttes de laudanum, et il fumait jusqu’à ce que le nuage de fumée qui sortait de sa pipe fût devenu assez épais pour lui dérober tous les objets qui étaient dans sa petite chambre, et surtout un pistolet accroché au mur. C’était l’affaire d’une dizaine de pipes. Quand le pistolet était entièrement devenu invisible, il arrivait presque toujours que la fumée et le laudanum combinés endormaient Jacques, et il arrivait aussi souvent que sa tristesse l’abando
– Mon Dieu, que c’est e
Mais ayant aperçu de la lumière à travers la porte de Jacques, un instant de paresse, enté sur un sentiment de curiosité, lui conseilla d’aller demander de la lumière à l’artiste. C’est un service qu’on se rend journellement entre voisins, pensait-elle, et cela n’a rien de compromettant. Elle frappa donc deux petits coups à la porte de Jacques, qui ouvrit, un peu surpris de cette visite tardive. Mais à peine eut-elle fait un pas dans la chambre, que la fumée qui l’emplissait la suffoqua tout d’abord, et, avant d’avoir pu prononcer une parole, elle glissa évanouie sur une chaise et laissa tomber à terre son flambeau et sa clef. Il était minuit, tout le monde dormait dans la maison. Jacques ne jugea point à propos d’appeler du secours; il craignait d’abord de compromettre sa voisine. Il se borna donc à ouvrir la fenêtre pour laisser pénétrer un peu d’air; et, après avoir jeté quelques gouttes d’eau au visage de la jeune fille, il la vit ouvrir les yeux et revenir à elle peu à peu. Lorsqu’au bout de cinq minutes elle eut entièrement repris co
– Maintenant que je suis remise, ajouta-t-elle, je puis rentrer chez moi.
Et elle avait déjà ouvert la porte du cabinet, lorsqu’elle s’aperçut que non seulement elle oubliait d’allumer sa chandelle, mais encore qu’elle n’avait pas la clef de sa chambre.
– Étourdie que je suis, dit-elle en approchant son flambeau du cierge de résine, je suis entrée ici pour avoir de la lumière, et j’allais m’en aller sans.
Mais au même instant le courant d’air établi dans la chambre par la porte et la fenêtre, qui étaient restées entr’ouvertes, éteignit subitement le cierge, et les deux jeunes gens restèrent dans l’obscurité.
– On croirait que c’est un fait exprès, dit Francine. Pardo
– Certainement, mademoiselle, répondit Jacques en cherchant des allumettes à tâtons.
Il les eut bien vite trouvées. Mais une idée singulière lui traversa l’esprit; il mit les allumettes dans sa poche en s’écriant:
– Mon Dieu! mademoiselle, voici bien un autre embarras. Je n’ai point une seule allumette ici, j’ai employé la dernière quand je suis rentré.
J’espère que voilà une ruse crânement bien machinée! pensa-t-il en lui-même.
– Mon Dieu! mon Dieu! disait Francine, je puis bien encore rentrer chez moi sans chandelle: la chambre n’est pas si grande pour qu’on puisse s’y perdre. Mais il me faut ma clef; je vous en prie, monsieur, aidez-moi à chercher, elle doit être à terre.
– Cherchons, mademoiselle, dit Jacques.
Et les voilà tous deux dans l’obscurité en quête de l’objet perdu; mais, comme s’ils eussent été guidés par le même instinct, il arriva que pendant ces recherches leurs mains, qui tâto
– La lune, qui est masquée par les nuages, do
Et, en attendant le lever de la lune, ils se mirent à causer. Une causerie au milieu des ténèbres, dans une chambre étroite, par une nuit de printemps; une causerie qui, d’abord frivole et insignifiante, aborde le chapitre des confidences, vous savez où cela mène… Les paroles devie
Enfin la lune se démasqua, et sa lueur claire inonda la chambrette; mademoiselle Francine sortit de sa rêverie en jetant un petit cri.
– Qu’avez-vous? lui demanda Jacques, en lui entourant la taille de ses bras.
– Rien, murmura Francine; j’avais cru entendre frapper. Et, sans que Jacques s’en aperçût, elle poussa du pied, sous un meuble, la clef qu’elle venait d’apercevoir.
Elle ne voulait pas la retrouver.
PREMIER LECTEUR. Je ne laisserai certainement pas cette histoire entre les mains de ma fille.
SECOND LECTEUR. Jusqu’à présent je n’ai point encore vu un seul poil du manchon de mademoiselle Francine; et, pour cette jeune fille, je ne sais pas non plus comment elle est faite, si elle est brune ou blonde.
Patience, ô lecteurs! patience. Je vous ai promis un manchon, et je vous le do
Elle rencontra Jacques et elle l’aima. Leur liaison dura six mois. Ils s’étaient pris au printemps, ils se quittèrent à l’automne. Francine était poitrinaire, elle le savait, et son ami Jacques le savait aussi: quinze jours après s’être mis avec la jeune fille, il l’avait appris d’un de ses amis qui était médecin. «Elle s’en ira aux feuilles jaunes,» avait dit celui-ci.