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– Encore un coup, fit le vieillard en montrant les verres, ça do

– Encore un coup, donc, dit Octave en trinquant avec le bonhomme Jadis.

– Et en route! fit celui-ci. Vous voyez que je marche droit et sans ca

Dans chaque bal où il entrait suivi de son compagnon, le costume singulier du bonhomme Jadis lui attirait de bruyantes ovations mêlées de rires et de quolibets; mais le vieillard ne se fâchait pas et savait toujours répondre à ceux qui l’agaçaient, quelque repartie qui mettait les rieurs de son côté.

– C’est bien fâcheux, disait le bonhomme à Octave, je n’entends plus mon air, j’aurais volontiers dansé.

– Vous oseriez… devant le monde! fit Octave avec inquiétude.

– Et pourquoi non? J’ai bien osé d’autres choses sur cet air-là. Tenez, quand je me suis fait soldat, à cause de Jacqueline, vous savez, j’avais à peu près votre âge, et je n’étais certainement pas la valeur en perso

Comme le bonhomme achevait son récit, l’orchestre commença précisément le quadrille en vogue dans lequel se trouvait l’air sur lequel le vieux soldat avait accompli ses exploits guerriers.

– Ah! enfin, dit le vieillard, nous y voilà… Et, quittant le bras d’Octave, qui ne put le retenir, il fit le tour du bal pour aller inviter une danseuse. Il s’arrêta devant une jeune fille de dix-huit ou vingt ans, vêtue d’une toilette de couleur claire. Elle avait de jolis yeux gris bleu, des cheveux cendrés chastement arrangés en bandeaux et un grand air d’ho

– Elle est charmante, dit le vieillard. Et, s’approchant de la jeune fille, qui paraissait être venue seule au bal, le bonhomme Jadis ôta son petit chapeau rond, se ploya en deux comme un arc, et enchâssa son invitation dans un compliment qui avait une tournure tout à fait galante.

La jeune fille leva les yeux sur ce cavalier singulier, et ne put s’empêcher de sourire en voyant le costume du vieux bonhomme, qui ressemblait à un Colin d’opéra-comique.

– Mais, monsieur, répondit-elle d’une voix douce, je ne sais pas danser.

– Vous ne savez pas danser!… fit le bonhomme. Ah! ciel! c’est prodigieux… mais moi, j’ai su danser avant de savoir lire.

– Du moins, je ne sais pas danser comme on danse aujourd’hui, répondit la jeune fille.

– Oh! ni moi… répliqua le vieillard, ni moi… On va un peu plus loin, en effet, aujourd’hui… ce sont presque des tours de force… Cependant je n’ai pas oublié les figures… dit-il; et sur cet air qu’on joue en ce moment, je suis sûr de me tirer d’affaire… Si vous voulez que nous essayions… fit le bonhomme Jadis en revenant à la charge.

– Oh! non merci, monsieur… dit la demoiselle. Je ne suis pas venue dans l’intention de danser. Je suis entrée ici par curiosité… un moment… parce que c’était sur mon chemin… Je n’ai pas l’habitude d’aller au bal… Merci…

– Cependant… fit le bonhomme en insistant, sur cet air-là, qui est si joli… Écoutez-donc… Tra deri, deri dera. Hein! Comme c’est gai… deri, dera… Ça ne vous do

– Merci, monsieur, merci, répondit la jeune fille en se cachant la figure pour ne pas rire. – D’ailleurs il va pleuvoir, dit-elle.

En effet, le ciel s’était chargé, l’air était lourd, le ciel se coupait d’éclairs par intervalles; et le quadrille était à peine commencé, qu’une grosse pluie vint disperser les danseurs, qui se réfugièrent dans le café, où il n’y eut bientôt plus assez de place.

Pendant le dialogue de son vieux voisin avec la jeune fille, Octave s’était tenu à quelque distance. Mais quand l’orage avait éclaté, il s’approcha du bonhomme Jadis et lui dit:

– Il faut nous retirer. Il est tard, d’ailleurs.

– Où diable voulez-vous que nous allions, dit le vieillard, par ce temps affreux? Un vrai déluge! Il faut entrer quelque part… prendre quelque chose. Nous ne pouvons pas rester là. Voilà déjà que je ressemble à une éponge… – Ah! mon dieu! fit-il en se retournant vers la jeune fille… Mais vous, mademoiselle, vous ne pouvez pas rester dehors… Vous allez gâter votre jolie toilette. Venez avec nous vous mettre un instant à l’abri.

– Merci, monsieur, dit-elle, je vais m’en aller… je prendrai une voiture… je ne demeure pas loin d’ailleurs, rue Rochechouart… c’est à côté…

Et, mal abritée sous un petit acacia faisant dôme, elle regardait tristement la pluie qui commençait à mouiller sa robe.