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Ulric marcha vers ce malheureux, qui avait déjà le cou engagé dans le nœud d’une corde attachée à un arbre.
– Que faites-vous? lui demanda Ulric.
– Vous le voyez, dit l’autre, je vais me pendre. Seriez-vous assez bon pour m’aider un peu; je crains de me manquer tout seul, n’ayant pas ici les commodités nécessaires.
– Que désirez-vous de moi, et en quoi puis-je vous être utile, monsieur? demanda Ulric.
– Je vous serais infiniment obligé, répondit l’autre, si vous vouliez me tirer de dessous les pieds ce tronc d’arbre, que je n’aurai peut-être pas la force de rouler loin de moi quand je serai suspendu en l’air. Je vous prierai aussi de vouloir bien ne pas quitter ces lieux avant d’être bien sûr que l’opération a complètement réussi.
Ulric regarda avec éto
– Pardon, lui demanda Ulric, je suis entièrement à vos ordres, prêt à vous rendre les petits services que vous réclamez de moi: il faut bien s’entr’aider dans ce monde; mais pourrais-je savoir le motif qui vous détermine à mourir si jeune? Vous pouvez me le confier sans craindre d’indiscrétion de ma part, attendu que moi-même je me propose de me tuer sous l’ombrage de ce petit bois.
Et Ulric montra son pistolet à l’Anglais.
– Ah! ah! dit celui-ci, vous voulez vous brûler la cervelle, c’est un bon moyen. On me l’avait recommandé; mais je préfère la corde, c’est plus national.
– Serait-ce à cause d’un chagrin d’amour? demanda Ulric en revenant à son interrogatoire.
– Oh! non, dit l’Anglais, je ne suis pas amoureux.
– Une perte de fortune?
– Ah! non, je suis millio
– Peut-être quelques espérances d’ambition détruites?
– Je ne suis pas ambitieux,
– Ah! j’y suis, continua Ulric, c’est à cause du spleen, l’e
– Ah! non, j’étais très heureux, très joyeux de vivre.
– Mais alors…
– Voici, monsieur, puisque cette confidence paraît vous intéresser, le motif de ma mort. Il y a deux ans, au milieu d’un souper, j’ai parié avec un de mes amis que je mourrais avant lui. La somme engagée est très considérable, et le pari est co
Ulric resta stupéfait.
– Maintenant, monsieur, que vous avez reçu ma confidence, je vous rappellerai la promesse que vous m’avez faite, dit l’Anglais, qui, monté sur le tronc d’arbre, venait de se remettre la corde au cou.
– Un instant, monsieur, de grâce, je n’aurai jamais le courage.
– Eh! monsieur, dit l’autre, pourquoi donc m’avoir interrompu alors? Je n’ai pas de temps à perdre si je veux gagner mon pari. Il est minuit moins dix minutes, et à minuit il faut absolument que je sois mort.
En disant ces mots, voyant que l’aide d’Ulric allait lui faire défaut, l’Anglais chassa d’un coup de pied le tronc d’arbre qui l’attachait encore à la terre et se trouva suspendu.
L’agonie commença sur-le-champ. Ulric ne put assister de sang froid à cet horrible spectacle, et se sauva dans un champ voisin.
Au bout d’une demi-heure il revint près de l’arbre changé en gibet, et trouva l’Anglais roide, immobile, parfaitement mort. Cette vue do
Il en était là de ses hésitations quand il aperçut à terre le portefeuille de l’Anglais pendu. Ulric l’ouvrit et y trouva une foule de papiers, et entre autres un passeport d’une date récente et pris au nom de sir Arthur Sydney. Ces papiers étaient ceux du défunt; et ce nom d’Arthur était également le sien; et voici l’idée qui vint à l’esprit d’Ulric: il prit son portefeuille, qui contenait les papiers attestant son identité à lui, et les glissa dans le portefeuille du mort, après en avoir retiré le passeport et les autres papiers, qu’il mit dans sa poche.
Grâce à ce stratagème, Ulric passa pour mort. Son suicide, a
– Tout cela est, en vérité, très merveilleux, dit Chaba
– Je crois qu’il prendra un autre nom, répondit Tristan.
– Mais, fit observer M. de Chaba
– Il n’ira pas dans le monde, dit Tristan; je veux dire par là qu’il ne fréquentera pas cette partie de la société parisie
– Il aura tort, fit le comte de Puyrassieux. Dans les premiers jours son aventure pourra lui attirer quelques regards, on chuchotera peut-être sur son passage; mais au bout d’une semaine on n’y pensera pas, et on parlera d’autre chose. Sa position sera au contraire fort avantageuse. Toutes les femmes vont se l’arracher.
– Ulric ne retournera plus dans le monde, messieurs, dit Tristan.
– Mais pourquoi? demandèrent les jeunes gens.
– Pourquoi? dit tout à coup l’indifférente Fa
– Ruiné! dirent les jeunes gens.
– Nécessairement, continua Fa