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Aussitôt, frémissante, farouche de sa terrible résolution, Didon, des lueurs sanglantes dans les yeux, les joues tremblantes et marbrées, pâle de sa mort prochaine, se précipite à l’intérieur de son palais, gravit d’un élan désespéré les hauts degrés du bûcher et tire l’épée du Dardanien. Ah, ce n’était pas pour cet usage qu’il lui en avait fait présent! Elle a regardé les vêtements d’Ilion et la couche si familière; elle a do

Elle parlait encore que ses femmes voient l’infortunée s’affaisser sous le fer mortel et le sang écumer sur l’épée et ses mains en être éclaboussées. Un cri monte sous des voûtes du palais; et la Renommée fait la bacchante dans la ville frappée de terreur. Toutes les maisons retentissent de lamentations, de gémissements et du hurlement des femmes. L’air réso

Sa sœur a entendu: pâle comme une morte, épouvantée, se meurtrissant le visage de ses ongles, la poitrine de ses poings, elle se jette éperdue à travers la foule et appelle la mourante et crie son nom: «Voilà donc ce que tu méditais, ma sœur! Et c’était moi que tu trompais! Et c’était cela que me préparaient ce bûcher que tu voulais, ces feux, ces autels! De quoi me plaindre d’abord, moi que tu as abando

Alors la toute-puissante Junon, ayant pitié de sa longue souffrance et de sa pénible agonie, a dépêché Iris du haut de l’Olympe pour qu’elle déliât cette âme qui se débattait dans les liens de ses membres. Comme sa mort n’était due ni à la nécessité ni à un châtiment, mais que la malheureuse succombait avant le temps aux accès d’une fureur soudaine, Proserpine n’avait pas encore arraché de sa tête blonde le cheveu fatal ni consacré son front à l’Orcus Stygien. Iris, dont les ailes de safran étincellent de rosée et qui traîne par le ciel mille reflets divers sous les rayons adverses du soleil, descend et s’arrête au-dessus de la mourante. «J’ai reçu l’ordre d’apporter au dieu des Enfers son tribut sacré et je te délie de ton corps, dit-elle.» De sa main droite elle coupe le cheveu. Aussitôt toute la chaleur de Didon se dissipe et sa vie s’exhale dans les airs.

LIVRE V

Déjà cependant Énée, allant droit à son but, atteignait avec sa flotte la haute mer et fendait les flots, noirs du souffle de l’Aquilon, les yeux tournés vers les murs de Carthage qu’enflammait le bûcher de la malheureuse Élissa. On ignore la cause de cet embrasement; mais on sait la souffrance d’un grand amour profané et tout ce que peut faire une femme en délire; et le cœur des Troyens en conçoit de funèbres pressentiments. Dès que leurs vaisseaux eurent atteint le large et qu’on ne vit plus la terre, mais partout la mer, partout le ciel, un nuage sombre s’arrêta sur leur tête, les flancs chargés de nuit et d’orage; et l’eau se hérissa dans les ténèbres. Et le pilote Palinure lui-même du haut de la poupe s’écria: «Hélas, pourquoi le ciel s’est-il enveloppé de nuages si lourds? Que nous prépares-tu, Père Neptune?» Il ordo

Mais là-bas du sommet de la montagne, éto

Le lendemain, dès qu’à l’orient la première clarté du jour eut mis en fuite les étoiles, Énée rassemble ses compagnons de tous les points du rivage et du haut d’un tertre leur dit: «Nobles descendants de Dardanus, issus du sang des grands dieux, les mois ont accompli le cercle de l’a