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Il faisait nuit, et par toute la terre les corps fatigués goûtaient la paix du sommeil; les forêts et les plaines farouches de la mer avaient trouvé le repos; c’était l’heure où les astres qui roulent au ciel sont au milieu de leur course, où toute la campagne se tait, les bêtes et les oiseaux à l’éclatant plumage, et ceux qui hantent au loin les eaux des lacs et ceux qui hantent les buissons des âpres landes, tous immobiles de sommeil sous la nuit silencieuse… [Ils allégeaient leurs soucis et oubliaient les peines du jour]. Tout repose; mais non le cœur infortuné de la Phénicie
«Eh bien, que fais-je? Irai-je, objet de risée, rechercher mes anciens prétendants et mendier un mari Numide, moi qui ai tant de fois dédaigné leur hymen? Suivrai-je les vaisseaux d’Ilion et me soumettrai-je, en esclave, aux ordres des Troyens? Ne sont-ils pas, en effet, très reco
Énée, sur la haute poupe, bien décidé à partir, dormait: tous les préparatifs avaient été exécutés de point ce en point. Dans son sommeil l’image du dieu revenu sous les mêmes traits s’est offerte à ses yeux et semble l’avertir encore. C’était bien Mercure: il avait sa voix, son teint, ses cheveux blonds, la beauté de la jeunesse: «Fils d’une déesse, peux-tu donc dormir sous de si grands risques? Ne vois-tu pas quels dangers vont enfin se dresser autour de toi? Insensé, n’entends-tu pas le souffle favorable des Zéphyrs? Cette femme, décidée à mourir, médite des ruses et un crime abominable, et son âme bouillo
Épouvanté de cette subite apparition, Énée s’arrache au sommeil: il presse et harcèle ses compagnons: «Hommes, éveillez-vous! Saisissez les rames; déployez les voiles, rapidement. Voici qu’un dieu, envoyé du ciel, pour la seconde fois, m’excite à précipiter notre fuite et à trancher nos amarres. Nous te suivons, sainte divinité, qui que tu sois, nous obéissons pour la seconde fois à ton commandement, avec allégresse. Assiste-nous. Sois-nous bienveillante et fais luire au ciel des étoiles qui nous préservent!» Sur ces mots, il dégaine son épée de foudre et frappe de sa lame le câble qui retenait le vaisseau. La même ardeur s’empare de tous: c’est une hâte fiévreuse, une ruée. Le rivage est loin; la mer disparaît sous les voiles. De toutes leurs forces, les rameurs font jaillir l’écume et balaient les eaux glauques.
Déjà l’Aurore, quittant la couche empourprée de Tithon, commençait à baigner la terre de sa lumière nouvelle. Du haut de son palais la reine vit à la fois le matin blanchir et s’éloigner les vaisseaux, tous du même coup d’aile: le rivage était désert et le port sans rameur. Alors trois et quatre fois elle frappa de sa main sa belle poitrine et arracha ses blonds cheveux: «Ô Jupiter, s’écrie-t-elle, il s’en ira donc? L’étranger se sera joué de notre royauté? On ne courra pas aux armes; on ne le poursuivra pas de toute la ville, on ne lancera pas derrière lui tous les vaisseaux de mes chantiers? Allez, apportez vite des flammes, do
Elle dit et son âme flottante et bouleversée cherche à en finir le plus vite avec l’odieuse lumière. Alors elle s’adresse brièvement à Barcé, la nourrice de Sychée, car la cendre funèbre de la sie