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Mais, bien qu’il désire adoucir sa douleur, la consoler, écarter d’elle les idées torturantes, Énée, tout gémissant et l’âme ébranlée d’un grand amour, n’en obéit pas moins pieusement aux ordres des dieux et retourne à ses vaisseaux. Alors les Troyens s’attellent au travail: de tout le rivage ils tirent les hautes nefs à la mer. Les carènes enduites de poix sont mises à flot. Ils apportent de la forêt des rames encore feuillues et des troncs encore bruts, le cœur tout à la fuite. Vous les verriez, désertant la ville, accourir de tous les points; et vous croiriez voir des fourmis lorsqu’elles dévalisent un monceau de blé et qu’en prévision de l’hiver elles l’emportent dans leur trou. Elles vont à travers la plaine, noir bataillon, et charrient leur butin parmi les herbes sur d’étroits sentiers; les unes, de toute la force des épaules, poussent d’énormes grains; les autres rallient les troupes et harcèlent les retardataires: toute la route n’est qu’agitation et travail.
Mais toi qui voyais cela, que pensais-tu, Didon? Quels gémissements lorsque, des hauteurs de ton palais, tu apercevais au loin cette agitation du rivage et que, sous tes yeux, toute la mer retentissait confusément de ces clameurs! À quoi ne réduis-tu pas les cœurs humains, ô dur amour! La voici réduite à revenir aux larmes, à essayer encore de la prière, à courber sous l’amour sa fierté suppliante: il faut qu’elle ait tout tenté pour s’épargner une mort inutile: «A
Elle priait ainsi, et sa malheureuse sœur porte et reporte à Énée ses gémissements. Mais aucune larme ne l’émeut; aucune parole ne le fléchit. Les destins s’y opposent, et un dieu ferme ses oreilles à la pitié. Lorsque les Borées des Alpes luttent entre eux à déraciner un chêne dont les ans ont durci le tronc et qu’ils l’enveloppent de leurs assauts, dans l’air strident, sous les coups qui le frappent, ses feuilles couvrent la terre d’une épaisse jonchée; mais lui reste attaché aux rocs, la tête dans le ciel, les racines plongées jusqu’au Tartare. Ainsi le héros est assailli par cet ouragan de plaintes et son grand cœur en éprouve des déchirements; mais sa raison demeure inébranlée, et c’est en vain que roulent ses larmes.
Alors l’infortunée Didon, épouvantée de son destin, invoque la mort: le dégoût la prend de voir au-dessus de sa tête la voûte du ciel. Tout l’affermit dans son dessein d’abando
Quand, vaincue par la douleur, elle a perdu la raison, quand elle a décidé de mourir, elle en fixe dans la solitude de sa pensée l’heure et la manière, puis elle vient trouver sa sœur que le chagrin accable, composant son visage, masquant sa résolution et le front éclairé d’espoir: «Félicite-moi, ma sœur, lui dit-elle: j’ai enfin le moyen de le ramener à moi ou de m’affranchir de mon amour. Vers les confins de l’Océan, là où tombe le soleil, s’étend la contrée des Éthiopiens; tout au fond, le puissant Atlas fait tourner sur son épaule la voûte constellée du feu des astres. On m’a signalé, venue de là, une prêtresse de la race Massylie
Dès qu’au fond du palais s’érige dans les airs un énorme bûcher de bois résineux et de chêne coupé, la reine tapisse la cour de guirlandes et suspend partout des couro