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– Tuer! gronda Charles. Toujours tuer!… Qui faut-il tuer, voyons!…

– Coligny!

– Jamais!

Charles se redressa, livide, hagard. Les paroles de sa mère lui do

Il est vrai qu’il avait quelque temps cru sa mère; il avait admis que l’amiral conspirait contre lui.

Mais les preuves de l’i

– Vous m’aviez dit, continua-t-il, que j’aurais les preuves de la trahison de Coligny et des huguenots. Où sont-elles, ces preuves?

– Vous voulez des preuves! fit rapidement Catherine. Vous en aurez!

– Et quand cela?

– Demain matin: pas plus tard. Écoutez. Je suis parvenue à faire saisir deux aventuriers qui ont surpris bien des secrets et qui en savent long à la fois sur Guise, sur Montmorency et sur Coligny. L’un d’eux est ce jeune homme, le chevalier de Pardaillan, qui vint au Louvre en compagnie du maréchal et qui eut une si étrange attitude. L’autre est son père. Je tiens ces deux hommes. Demain matin, ils vont être interrogés au Temple où ils sont priso

La reine parlait avec une telle force de conviction que Charles, déjà terrorisé, se sentit cette fois convaincu.

Toutefois, il ne voulut pas avoir l’air de céder et dit avec une fermeté apparente qui était bien loin de son esprit:

– C’est bien, madame, demain, je veux lire moi-même l’interrogatoire de ces Pardaillan.

– Ce n’est pas tout, mon fils! reprit Catherine avec plus d’énergie encore. Je vous ai dit que Tava

– Il y a donc une vérité sur Tava

– Une terrible vérité: savez-vous pourquoi le maréchal de Tava

– Par l’enfer! gronda Charles en se relevant. Ah! pour ceux-là, pas d’hésitation! Je n’ai que trop bien compris leur trahison. Je veux que sur l’heure même, on arrête Guise en son hôtel! Je veux qu’on arrête Tava

– Sire! Sire! cria Catherine en s’élançant et en plaçant sa main sur la bouche du roi pour l’empêcher d’appeler.

– Eh! madame! êtes-vous donc aussi avec eux! dit Charles en se débarrassant de l’étreinte.

– Charles, qu’allez-vous faire? Où sont vos gardes pour arrêter Guise? Sachez que Paris tout entier se lèvera pour le défendre. Ce n’est pas seulement du courage et de l’énergie qu’il faut ici, c’est de la prudence! Laissez Guise s’endormir dans sa sécurité, et nous le rattraperons bien tôt ou tard. L’essentiel est qu’il ne puisse rien faire cette nuit ni demain; et pour cela, il faut qu’il sache par Tava

Catherine paraissait transfigurée par l’enthousiasme.

Jamais le roi ne l’avait vue si forte, si vaillante, avec un visage enflammé, des yeux où roulaient des pensées tragiques.

Elle fut belle, en cette minute, de cette beauté fatale et sombre des génies du mal, lorsqu’ils sont sur le point de se déchaîner sur le monde.

Et lui, chétif, malingre, suant l’épouvante et la fièvre, il se sentit près d’elle comme un petit enfant.

Elle l’avait pris par la main et l’entraînait avec une irrésistible vigueur.

La reine atteignit son oratoire, ouvrit brusquement la porte et s’effaça devant Charles IX, qui entra le premier.

– Le roi! dit Tava

Les autres se levèrent, s’inclinèrent, demeurèrent courbés.

Charles IX avait repris assez d’empire sur lui-même pour paraître calme.

Il couvrit son visage de cette dignité empruntée qui sert aux grands pour cacher leurs pensées.

– Messieurs, dit-il, je vous remercie de vous être rendus à mon appel…

Ce trait d’audace était presque un trait de génie, et Catherine regarda son fils avec éto

– Asseyez-vous, messieurs, continua Charles, et délibérons sur les affaires présentes. Parlez le premier, monsieur le chancelier.

– Sire, dit Birague, j’ai fait crier aujourd’hui l’édit qui défend aux Parisiens de sortir armés dans les rues. Or, à mesure que cet édit se criait, les rues de Paris se sont remplies de gens en armes. Les capitaines de quartier ont rassemblé leurs hommes, et à l’heure qu’il est, il y a dans chaque maison des soldats prêts à occuper les carrefours. J’estime, sire, qu’il nous est impossible de résister à une pareille force. Les circonstances sont telles que Votre Majesté me pardo

– Votre avis est donc que nous devons arrêter M. l’amiral et instruire son procès?

– Mon avis, sire, est qu’on doit exécuter M. de Coligny séance tenante et sans autre forme de procès.

Le roi ne montra aucune surprise.

Seulement, il devint un peu plus pâle, et ses yeux parurent encore plus vitreux que d’habitude.