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Alors le sommeil le gagna.
C’était ainsi toutes les nuits; les rêveries qui précèdent le sommeil chez tout homme qui s’endort, aboutissent fatalement au point central de ses inquiétudes du jour. Chez Charles, après des méandres, la rêverie aboutissait toujours à Marie Touchet, et c’est avec elle qu’il entrait dans les rêves du sommeil ainsi étroitement enchaîné aux rêveries de l’avant-sommeil…
Charles était donc dans cet état où la vie réelle se fond en une sorte de lente catastrophe de ses lignes pour former les lignes d’une vie imprécise, lorsqu’un grattement, à une porte, le ramena violemment à la conscience des choses qui l’entouraient.
Il se souleva sur un coude et écouta.
Il y avait trois portes à sa chambre: une grande qu’on ouvrait à deux battants pour laisser entrer les courtisans au moment de son lever, et deux petites. L’une de celles-ci do
C’est à cette dernière porte qu’on venait de gratter.
Le même signal se fit entendre, plus fort et presque impérieux.
Charles sauta à bas de son lit, alla à la porte et demanda:
– Est-ce vous, madame?
– Oui, sire: il faut que je vous parle sur l’heure.
Le roi ne s’était pas trompé: c’était bien Catherine de Médicis qui venait le réveiller. Il eut un geste d’e
Catherine de Médicis entra, et sans autre explication:
– Mon fils, en ce moment, M. le chancelier de Birague, M. Gondi, le duc de Nevers, le maréchal de Tava
Charles IX demeura un instant stupéfait.
– Madame, dit-il enfin, si je ne co
Et Charles IX, tournant le dos à sa mère, commença à défaire les aiguillettes de son pourpoint noir.
– Charles, dit froidement Catherine, ne vous déshabillez pas. Ou bien, ce sera peut-être pour la dernière fois.
Le roi se retourna vivement vers elle. Ses yeux avaient pris cette expression de terreur, ses joues cette pâleur plombée qu’il avait au moment de ses crises. Catherine comprit qu’elle tenait son fils: l’épouvante, comme toujours dans leurs discussions, le lui livrait.
– Que se passe-t-il donc? balbutia Charles IX.
– Il se passe que vous avez heureusement des amis qui veillent sur vous. Il se passe que sous quarante-huit heures au plus tard, le Louvre doit être envahi, le roi massacré, moi exilée. Il se passe que les vaillants serviteurs que je viens de vous nommer sont venus m’avertir, et qu’à mon tour je vous avertis. Maintenant, sire, recouchez-vous, si vous voulez: je vais prévenir ces amis dévoués que leur délibération est inutile et que le roi veut dormir en paix…
– Le Louvre envahi! Le roi massacré! répétait Charles en passant ses mains sur son front jaune. Je rêve. C’est de la folie…
Catherine le saisit par un bras qu’elle serra nerveusement.
– Charles, dit-elle d’une voix sombre, ce qui est un rêve, c’est que vous vous défiez de votre mère, de votre frère, de ceux qui vous aiment et dont l’intérêt même, à défaut de leur affection, vous garantit le dévouement. Ce qui est de la folie, c’est de vous livrer pieds et poings liés à ces maudits hérétiques qui ont horreur de notre religion, qui ont juré de faire triompher leurs détestables doctrines et qui, pour en arriver à leurs fins, sont obligés de commencer par tuer le fils aîné de l’Église… Qu’avez-vous fait, Charles? Vous avez comblé ces gens-là des marques de votre affection, au point que la chrétienté catholique du royaume est réduite au désespoir, au point que trois mille seigneurs catholiques. Guise en tête, ont pris la résolution de sauver la France et l’Église malgré vous!… Vous voilà donc pris entre ces deux forces également redoutables: les huguenots, remplis d’orgueil, audacieux, ne co
[22] Ce Gondi avait épousé Claude de Clermont de Retz et obtint plus tard d’être créé duc de Retz. On sait quelle fut la fortune de cette famille et quel rôle les de Retz jouèrent notamment pendant la Fronde (Note de M. Zévaco.)